Panne sèche

Là, je l’avoue, je sèche. De quoi vais-je parler, où trouver mes sujets ? Je n’imagine pas évoquer le pavage de la place derrière la maison, ni le départ de mes filles après une visite de plusieurs jours, ni les courses que nous avons faites ce matin, ni de la canicule dont tout le monde parle et se plaint. Je voudrais aborder des choses plus…. plus je ne sais pas quoi, plus smart, plus relevées, plus à même de faire dire à mon lecteur ou à ma lectrice : qu’est-ce qu’il est bien ce mec, il écrit des choses incroyables.

Le pire serait d’écrire un billet sur la difficulté d’écrire un billet. « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire », tranche Wittgenstein en conclusion de son Tractatus. Mais nous ne sommes pas dans un livre de philosophie, et même, il y aurait de la lâcheté à renoncer à évoquer ce qu’il est difficile de nommer, de décrire, et qui pourtant s’impose à nous tantôt avec force, tantôt d’une manière si ténue et évanescente qu’on craint de le confondre avec un produit de l’imagination. C’est le travail des artistes, avec des mots, des couleurs et des formes, avec des sons ou des installations. Mettre cela en forme, le manifester de manière sensible, le donner à expérimenter comme jamais auparavant.

Alors, pourquoi ce blog ? Comment le situer parmi les autres, ceux qui donnent des conseils pour bien organiser sa vie, son bureau, sa maison, sa santé, ceux qui donnent des recettes de cuisine, des recommandations de produits ? Ce n’est pas mon rayon. J’essaie de déployer mes antennes, de noter ce qui me frappe, m’intéresse, me navre, ce qui fait sens d’une manière ou d’une autre. J’ai mis un mot-clé, Zeitgeist, pour nommer ce qui capte l’esprit du temps, parfois dans de petites choses. En ce sens, il y aurait des choses à dire à propos du pavage des places, des relations familiales et des produits qu’on trouve dans les supermarchés, parce qu’on peut y déceler des indices des changements de la société dans laquelle nous vivons. Comme pour écrire les Mythologies d’aujourd’hui, à la manière de Roland Barthes élucidant les traits de la société française de la fin des années 1950 en parlant de la nouvelle Citroën, de la publicité Panzani et du Tour de France.

L’examen, donc la critique du temps présent, par le petit bout de ma lorgnette. On n’est peut-être pas plus avancé au bout du compte mais, au moins, on commence à savoir de quoi il est question.

Non, en haut à droite, ce n’est pas un chat en mauvais état, mais une genouillère abandonnée pendant la pause