Tous les jours

Austin Kleon et Seth Godin sont des blogueurs fréquents, qui publient un billet chaque jour, tous les jours de l’année, et franchement, ils m’impressionnent. J’aimerais en être capable. Je les envie.

Sur les raisons de publier aussi souvent, voici un post de CJ Chilvers, qui donne une synthèse des avis de Seth Godin sur la question, et un billet d’Austin Kleon – à qui j’emprunte l’illustration ci-dessous. Désolé, ce sont encore des références en anglais. En français, Stephanie Booth publie fréquemment, mais pas forcément tous les jours – mais comme elle est bilingue, c’est parfois en anglais aussi.

Image empruntée au site austinkleon.com

Alors, bien sûr, chaque billet n’est pas un article de mille mots à la manière d’une dissertation avec des images et des liens, quoique cela arrive. C’est souvent plus bref, l’expression d’une idée, d’un point de vue sur un événement, une lecture, une intuition.

Beaucoup de gens font cela dans Twitter ou dans Facebook, avec l’impression de retrouver des amis. Mais la multiplication des scandales liés à Facebook et les dérives nauséabondes de Twitter sont de bonnes raisons de préférer le blog, que l’on gère soi-même en toute indépendance. Et tant pis si on n’a pas de « Like » et si les lecteurs potentiels sont moins nombreux.

Pour mieux suivre des blogs, il existe des agrégateurs RSS qui collectent les derniers billets des gens qui nous intéressent. Sur Mac et iOS, j’utilise Feeder. Autrefois, le meilleur était Google Reader. Google a supprimé ce service. Google ne veut plus qu’on lise des blogs. Facebook non plus.

Au fond, tenir un blog et suivre d’autres blogs, c’est comme entrer en résistance.

Bornes to be free

Il y a un problème lié au fait de vieillir. On a grandi dans une société régie par un ensemble de règles plus ou moins acceptées, plus ou moins respectées, auxquelles on s’est opposé au nom de valeurs meilleures, moins traditionnelles, plus en phase avec le temps. On s’est réjoui quand ces valeurs ont pris la place des anciennes. Mais la roue a tourné et les générations suivantes ont fait leur propre travail de mise à jour. Au bout du compte, on éprouve un  décalage violent avec la société dans laquelle on vit. C’est flagrant en politique, quand resurgissent des pratiques et des projets qui font peur, qui sont la négation de ce qui promettait un progrès en matière de justice sociale et de générosité. Les vieux fantômes réapparaissent et on a le sentiment que les bornes ne sont plus là où elles doivent.

Photo Marc Mongenet, Wikimedia Commons. Borne frontière franco-suisse n° 151 côté France entre Jussy et Saint-Cergues, marquée d’un S pour Savoie.

À quoi servent les bornes ? Enfoncées dans la terre, celles auxquelles je pense marquent la frontière entre deux propriétés, entre deux États. On leur prête une permanence que n’ont pas la clôture ou la haie. Chez nous, seuls les géomètres officiels sont habilités à fixer leur emplacement. « Ne déplace pas la borne ancienne, que tes pères ont posée », affirme le livre des Proverbes.

Si on dépasse les bornes, alors, dit une blague en forme de pléonasme, il n’y a plus de limites. Certains s’en effraient et d’autres s’en réjouissent, sur le mode romantique du « no limits », de la recherche de l’inexploré, de ce qui n’est soumis ni au cadastre, ni aux règlements. C’est plus exaltant, plus angoissant aussi – à supposer que cela soit possible.

Les bornes peuvent aussi se déplacer. Les lois sont la grande limite collective, mais elle est fluctuante. Dans les années 1950, le concubinage était interdit (le Valais n’a levé l’interdiction qu’en 1995), les avortements se pratiquaient dans la clandestinité, l’homosexualité était condamnée (Inès, la lesbienne de l’enfer du Huis Clos de Sartre, dit qu’elle était une « femme damnée » bien avant sa mort), et les femmes, qui n’ont obtenu le droit de vote en Suisse qu’en 1971, n’ont pu s’inscrire aux compétitions de course à pied et autres marathons qu’à partir des années 1970. On a l’impression que tout cela date du temps des dinosaures. J’en suis un et je me souviens.

Le bien a changé de visage. On a adapté la loi aux conduites. Pourquoi le regretter, si c’est pour le meilleur ? Mais on s’offusque quand des autorités, confrontées à une pollution non maîtrisée, modifient les normes officielles pour que la plage ou le lac redeviennent propres, comme par magie, juste avant la saison touristique.

De nouvelles limites ont été posées. Interdictions de fumer, interdiction de certains pesticides, limitations de vitesse sur les routes, interdiction de certaines formes de discrimination, procès contre les auteurs d’actes pédophiles, condamnation du harcèlement sexuel, etc. Le mal a changé de figure.

La morale, au sens d’une instance extérieure qui règle les comportements, est mal perçue. On se satisfait de la règle consistant à ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous fasse. Pour le reste, pourvu que ce soit entre adultes consentants, à chacun son éthique. C’est aussi une limite, individuelle cette fois-ci, celle du sentiment personnel du bien et du mal, du juste et de l’injuste. Selon Rousseau, il n’est pas nécessaire de savoir ce que sont le bien et le mal, il faut simplement suivre la voix de sa conscience : Ô vertu, science sublime des âmes simples, faut-il tant de peine et d’appareil pour te connaître ? Tes principes ne sont-ils pas gravés dans tous les cœurs, et ne suffit-il pas pour apprendre tes lois de rentrer en soi-même et d’écouter la voix de sa conscience dans le silence des passions ? demande Rousseau en conclusion de son Discours sur les sciences et les arts.

Portrait par Quentin de La Tour

Magnifique ! Mais Rousseau met deux conditions : il faut rentrer en soi-même et faire taire les passions. Pas facile d’entendre la voix de la conscience dans un monde qui nous pousse à satisfaire nos passions et à vivre dans l’extériorité. La machine économique et la puissance de son idéologie veulent nous contraindre à des révisions déconcertantes.

Dans ces conditions, pour aider la conscience défaillante, il faut des repères plus vastes, des critères plus solides que ceux du temps. Le bien, le mal, le juste, l’injuste, les vieilles bornes en quelque sorte. Des règles du jeu, un cadre dans lequel la liberté peut s’exercer au lieu de mouliner dans le vide.

Photo Kal Loftus, unsplash.com.

Quand Socrate a été condamné à mort, il a dû attendre quelques jours l’exécution de sa peine. Pendant ce temps, raconte Platon dans le Criton, ses disciples ont préparé secrètement son évasion. Quand ils sont venus le chercher, Socrate a refusé de partir. Il a expliqué à ses amis que le tribunal l’a condamné selon les lois. La sanction était injuste, mais légale. Dans ces conditions, s’évader, c’était renier les lois — les lois qui ont commandé à ses parents de le nourrir, de l’éduquer, et à la cité de fonctionner à peu près correctement. Que les lois soient pour une fois en sa défaveur ne l’autorise pas à cesser de les observer. Il doit donc accepter de boire la ciguë, sans quoi ses enseignements et son action perdraient tout crédit.

L’exemple est extrême, mais il donne à réfléchir. Le fait qu’on en parle encore lui donne raison.

Socrate, c’est une borne.

Portrait de Socrate, Musée du Louvre.

La politique du reptile

Dimanche dernier, l’initiative pour des aliments équitables a été rejetée avec 61,3% de non, et celle pour une souveraineté alimentaire exigeant une agriculture écologique et sans OGM a été refusée par 68,37% des votants.

Or, lors du premier sondage réalisé au début du mois d’août, on prévoyait une acceptation massive de ces deux initiatives, la première recueillant 78% d’opinions favorables, et la seconde 75%.

Le contraste est saisissant. Que s’est-il donc passé ? 

On a souligné que si les initiatives ont été acceptées en Suisse romande, la Suisse alémanique les a largement refusées. Mais là n’est pas le problème que je veux soulever.

Dans les deux cas, il est question d’alimentation, de nourriture. C’est un thème vital. Chacun se sent concerné. La plupart des gens ne veulent pas d’aliments inéquitables, ni une agriculture brutale, bourrée de pesticides et d’OGM, ce que le premier sondage a mis en évidence. Dès lors, les adversaires des projets ont mis en oeuvre une technique redoutablement efficace, celle qui consiste à faire peur. 

En gare d’Olten, 24 septembre 2018.

Peur de manquer, peur de ne plus trouver certains produits, peur de payer davantage pour son alimentation, peur de devoir renoncer à d’autres choses, par exemple à certains loisirs. L’affiche est réussie : une triste pénurie dans les assiettes, on sent le vinaigre du cornichon qui forme la bouche, le brocoli dans le nez, et la tristesse du regard, tout cela sur fond vert. Pas de produits animaux, même les patates ont disparu. L’agence de pub a fait du bon travail.

La théorie du cerveau triunique fournit un éclairage possible de ce qui nous intéresse ici. Le cerveau humain serait composé de trois couches qui se sont superposées au cours de l’évolution. À la base, le cerveau reptilien, commun à tous les animaux, commande les fonctions de base : survie, fuite, peur, plaisir. S’y superpose, chez les mammifères, le cerveau limbique (mémoire et émotions), puis, chez l’homme, le cortex rationnel. Cette théorie est critiquée par de nombreux scientifiques, mais a le mérite d’être facile à comprendre.

Image trouvée sur le site https://chiensetsport.com

Alors que la politique devrait s’adresser à notre cerveau rationnel, celui qui analyse, examine et prend ses décisions en fonctions de critères et de valeurs clairs, les adversaires des initiatives ont cherché à désactiver la raison en stimulant le cerveau reptilien (peur de manquer) et le limbique (peur de perdre de l’argent, des plaisirs et des gratifications).

Procédé classique et indigne, qui contribue à éloigner encore un peu plus les citoyens du souci du bien commun. Il est temps de relire le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens de Robert-Vincent Joule et
Jean-Léon Beauvois.

Ça marche

Il paraît que la marche est une activité philosophique. Certains en ont fait des livres, comme Roger-Pol Droit (Marcher pour philosopher) et Frédéric Gros, qui a déclaré dans une interview que la marche est un authentique exercice spirituel.

À mon sens, cette histoire de philosophie qui marche, c’est la foire aux métaphores. Mais, disait Socrate, il faut examiner. Mon expérience de marcheur occasionnel ne m’a jamais fourni d’idées toutes faites. La plupart du temps, quand je marche, je fais attention où je pose mes pieds et je ne pense à rien. Cela produit un vide mental étonnant, mais bienfaisant. C’est peut-être une forme de méditation.

La marche est une activité lente. Marcher prend du temps. C’est l’anti-vitesse, l’anti-immédiateté et, à ce titre, un exercice salutaire à une époque comme la nôtre, qui favorise l’ubiquité et l’accès instantané à tout et à n’importe quoi. Tout le contraire de ce que défendait le philosophe Max Picard (1888-1965), dont le livre L’Homme du néant, publié en 1945, expliquait que la tragédie de l’homme contemporain tient à ce qu’il vit dans la discontinuité, dans une durée volatilisée en fragments sans rapports les uns avec les autres. L’unité de la personne n’y résiste pas, et c’est ainsi qu’il s’expliquait que tel bourreau nazi pouvait aussi vivre en brave homme attentif à rendre les vingt centimes rendus en trop au bureau de tabac. Quand je lis que Picard s’inquiétait des conséquences redoutables de la radio, qui passe sans transition d’un sujet à un autre, je me demande ce qu’il dirait de notre époque. À cet égard, la marche est à coup sûr un exercice de continuité salutaire, à la faveur duquel on peut se retrouver soi-même.

On marche en fonction d’un objectif. On veut se rendre à tel endroit, gravir telle montagne, aller à son travail ou à la plage, faire une balade pour se détendre. On ne part pas à pied pour se perdre, ni pour emprunter des « chemins qui ne mènent nulle part », ces Holzwege de Heidegger. Je me méfie d’ailleurs de l’usage que ces livres sur la marche font des philosophes qui disent avoir marché. Ce sont toujours les mêmes : Rousseau, qui allait à pied de Genève à Paris, Kant et sa promenade de 17 heures à Königsberg, si régulière que les gens réglaient leur pendule sur son passage, et Nietzsche qui a arpenté l’Engadine et le Piémont, deux régions qui rendaient ses migraines plus supportables. J’allais oublier Aristote, qui aimait enseigner en marchant. Et alors ?

On marche avec son corps. C’est lent, parfois astreignant. On s’essouffle, on s’expose à la fatigue, au plein soleil, aux intempéries. On fait l’expérience de la matière et de la corporéité, on mesure combien l’état du corps influe sur notre esprit, et combien notre esprit a besoin d’un corps alerte pour bien fonctionner. « Mes pensées dorment si je les assieds. Mon esprit ne va si les jambes ne l’agitent », disait Montaigne. De là à dire que la marche rend philosophe, il y a… un pas que j’hésite à franchir. Si c’était vrai, la Suisse compterait des centaines de milliers de philosophes.

Mais la marche est précieuse. Elle est l’occasion d’un autre rapport au temps, à l’espace et au corps. Avec elle, on se réapproprie l’univers autrement que par la technique, qui offre tout, mais sur le mode du virtuel. La marche ouvre un répertoire d’expériences et de prises de contact avec la matérialité du monde. Elle est parfois le seul moyen d’accéder à des endroits où les voitures ne vont pas et où les hélicoptères ne peuvent pas atterrir. Et c’est l’émerveillement devant des paysages d’une beauté incroyable.

La philosophie peut venir ensuite. Ça lui fera du bien, et à nous aussi. C’est comme ça que ça marche.

Panne sèche

Là, je l’avoue, je sèche. De quoi vais-je parler, où trouver mes sujets ? Je n’imagine pas évoquer le pavage de la place derrière la maison, ni le départ de mes filles après une visite de plusieurs jours, ni les courses que nous avons faites ce matin, ni de la canicule dont tout le monde parle et se plaint. Je voudrais aborder des choses plus…. plus je ne sais pas quoi, plus smart, plus relevées, plus à même de faire dire à mon lecteur ou à ma lectrice : qu’est-ce qu’il est bien ce mec, il écrit des choses incroyables.

Le pire serait d’écrire un billet sur la difficulté d’écrire un billet. « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire », tranche Wittgenstein en conclusion de son Tractatus. Mais nous ne sommes pas dans un livre de philosophie, et même, il y aurait de la lâcheté à renoncer à évoquer ce qu’il est difficile de nommer, de décrire, et qui pourtant s’impose à nous tantôt avec force, tantôt d’une manière si ténue et évanescente qu’on craint de le confondre avec un produit de l’imagination. C’est le travail des artistes, avec des mots, des couleurs et des formes, avec des sons ou des installations. Mettre cela en forme, le manifester de manière sensible, le donner à expérimenter comme jamais auparavant.

Alors, pourquoi ce blog ? Comment le situer parmi les autres, ceux qui donnent des conseils pour bien organiser sa vie, son bureau, sa maison, sa santé, ceux qui donnent des recettes de cuisine, des recommandations de produits ? Ce n’est pas mon rayon. J’essaie de déployer mes antennes, de noter ce qui me frappe, m’intéresse, me navre, ce qui fait sens d’une manière ou d’une autre. J’ai mis un mot-clé, Zeitgeist, pour nommer ce qui capte l’esprit du temps, parfois dans de petites choses. En ce sens, il y aurait des choses à dire à propos du pavage des places, des relations familiales et des produits qu’on trouve dans les supermarchés, parce qu’on peut y déceler des indices des changements de la société dans laquelle nous vivons. Comme pour écrire les Mythologies d’aujourd’hui, à la manière de Roland Barthes élucidant les traits de la société française de la fin des années 1950 en parlant de la nouvelle Citroën, de la publicité Panzani et du Tour de France.

L’examen, donc la critique du temps présent, par le petit bout de ma lorgnette. On n’est peut-être pas plus avancé au bout du compte mais, au moins, on commence à savoir de quoi il est question.

Non, en haut à droite, ce n’est pas un chat en mauvais état, mais une genouillère abandonnée pendant la pause

Qui dit moins ?

J’ai parlé il y a quelque temps de ce documentaire sur Netflix, The Minimalists. Je suis tombé sur un nouveau personnage intéressant, Cédric Waldburger, qui affirme se contenter de 64 objets personnels, dont il publie la liste, et qui a renoncé à son appartement. En revanche, un point sur lequel il est loin d’être minimaliste est celui des affaires, car il se présente lui-même comme un “serial entrepreneur”; à 30 ans, il a créé plusieurs entreprises.

Alors, bien sûr, nombreux sont les domaines sur lesquels je ne pourrai jamais régater avec quelqu’un comme lui, ne serait-ce que parce qu’il ne boit que de l’eau, ne possède aucun livre et ne porte que du noir pour éviter de perdre du temps à se demander quelle couleur choisir. Que ferais-je sans ma cafetière, ma cave et ma bibliothèque ? Et sans mon domicile, puisque je ne voyage pas 300 jours par an, d’avion en avion et de chambres d’amis en locations Airbnb ?

Tout de même, je m’interroge et je regarde autour de moi. De quoi suis-je encombré ? Quels sont les objets que je n’ai pas utilisés depuis plus de 90 jours, ou depuis plus de 10 ans ? Mes livres sont choisis en partie pour constituer une bibliothèque de consultation, en partie pour être lus et, qui sait, relus parce qu’ils m’ont plu. Je trouve que ce sont de bonnes raisons et, sur ce point, Ryan Holiday ne me contredira pas. Il n’empêche que chaque expédition à la déchetterie du Poirier au Chat a un petit goût de victoire quand j’y débarrasse quelque vieillerie. Un petit goût bizarre aussi quand, l’autre jour, j’ai éliminé deux gros paquets de documents dont je suis servi dans mon enseignement, supports de cours, préparations, et même de vieux transparents pour la rétroprojection, qui m’ont coûté des heures de travail. Des kilos de science désormais hors d’usage.

C’est décidé : je vais continuer de réduire mon empreinte matérielle, mais zéro déchet, ce n’est pas pour tout de suite.

Expérience client

Cette expression bizarre me rappelle ce questionnaire qui portait sur mon « expérience d’achat ». Je n’achète pas pour éprouver je ne sais quelle expérience spéciale, un « aha Erlebnis » ou un frisson spécial. Je vais dans un magasin ou en ligne, je choisis mon produit, je paie et voilà. Sauf bien sûr si j’ai un souci avec le produit. Là, mon expérience « client mécontent » peut commencer. Et j’ai quelques exemples contrastés.

Apple
Je suis client Apple depuis plus de trente ans, depuis l’achat mon Mac Plus, qui coûtait à l’époque autant que le haut de gamme actuel. Il fonctionne encore. J’ai eu ensuite plusieurs modèles, dont un Performa fort mal nommé, sans parler des Newton, iPhones, iPad et deux Apple Watch. Je viens de remplacer un Mac mini de 2011 par un iMac 2017.
Si je suis bon client chez eux, la qualité de leur service après-vente et des collaborateurs qui répondent aux appels téléphoniques y est pour quelque chose. Quand j’ai acheté ma première montre, j’ai eu droit à une conversation de près d’une heure, sans frais, assistée par des images que le collaborateur envoyait sur l’écran de mon ordinateur pour m’expliquer le fonctionnement de la chose. Il a répondu à toutes les questions que j’avais. Je n’ai pas compté le nombre d’appels que j’ai eu chez eux durant toutes ces années, pas loin d’une dizaine je pense, et à chaque fois, je suis tombé sur des gens compétents qui prenaient leur temps pour m’aider ou répondre à mes questions. C’est allé jusqu’à l’échange d’un MacBook Pro qui connaissait problème sur problème contre un appareil neuf irréprochable.
La moins satisfaisante des ces conversations était offerte avec l’achat de ma nouvelle montre. La dame m’avait promis de m’envoyer des liens vers des ressources, qui ne sont jamais arrivés. Elle était aussi moins précise que le monsieur de la première montre, signe qu’il soit s’en vendre beaucoup et que la formation des collaborateurs est moins approfondie. Tout cela a son prix, inclus dans le prix des machines et, si l’on veut en bénéficier plus de trois mois après l’achat, il faut passer à la caisse pour un AppleCare. Il y a bien des raisons de s’énerver contre Apple, mais leur service après-vente n’en fait pas partie.

Dell
Je n’ai eu qu’un appareil acheté chez eux, un moniteur de grande taille. Un des commutateurs a cessé de fonctionner. C’était encore sous garantie. Le lendemain, on m’a livré à domicile un nouvel écran en échange du mien. Qui dit mieux ?

Swisscom
Les collaborateurs techniques de Swisscom sont excellents et aussi patients que ceux de chez Apple. Ces prestations ont leur coût, je l’ai dit, et j’essaie d’y penser pour déglutir plus facilement chaque fois que je paie mon abonnement mobile. Notez qu’il suffit d’appeler et d’expliquer que vous envisagez de changer d’opérateur pour vous voir proposer comme par miracle une solution un peu moins chère. Quel contraste avec l’horrible service après-vente de Cablecom !

Encyclopaedia Universalis
J’achète irrégulièrement les nouvelles versions parues et j’ai eu un souci avec celle de 2018, qui ne fonctionnait sur mon nouvel ordinateur. J’ai signalé la chose, on m’a rappelé et proposé quelques solutions qui ne marchaient pas. Leur équipe technique a pris le problème au sérieux et c’est ainsi qu’ils ont découvert un bug qu’ils ne connaissaient pas encore. Le programme fonctionne maintenant chez moi, et j’ai la petite satisfaction que tout le temps que j’ai passé à essayer leurs solutions a fait avancer leur science au moins un peu.

Le Grand Robert
Ou la grande frustration ! Je ne sais pas s’ils font de mauvais programmes ou si c’est une tactique de vente, toujours est-il que j’ai dû passer à la caisse pour la troisième fois en quelques années. À 150 euros, c’est lourd. Eh non, monsieur, cette version ne fonctionne pas sur la nouvelle version de votre système d’exploitation. C’est faux, elle fonctionne parfaitement, je l’ai utilisée régulièrement sur mon ancien ordinateur sans aucun souci. La mise à jour du système n’a pas entravé son fonctionnement, mais il est effectivement impossible de l’installer sur la nouvelle version. Après un pénible échange de mails où j’ai dû prouver, capture d’écran à l’appui, que l’application fonctionnait sur High Sierra, contrairement à ce qu’ils prétendaient, j’ai dû me résoudre à acheter la nouvelle édition du Grand Robert, sur laquelle on m’a tout de même consenti 30% de rabais. Je ne suis certainement pas au bout de mes peines, car l’ordinateur m’a déjà prévenu que mon tout nouveau Grand Robert ne fonctionnerait probablement pas avec la prochaine version du système d’exploitation.

Le plus simple, évidemment, serait que tout fonctionne sans accroc, de manière transparente, évitant au client de faire l’expérience du service après vente. Ce sont des moments, des heures parfois, qu’on préférerait consacrer à d’autres choses.

En révision

Une fois de plus, je révise mon roman. Après plusieurs mois de repos (le temps pour quelques éditeurs de me signifier leur refus de le publier), je l’ai relu intégralement et repéré les modifications envisageables. Je comprends mieux mes personnages (ils m’émeuvent encore…), et cela aussi suppose des reprises.

Quelques lecteurs (et un éditeur) ont fait état de redites.L’une d’elles trouve son origine dans une panne d’écriture. Je ne savais pas comment continuer mon histoire. J’ai demandé à mes personnages principaux de récapituler les événements passés et de trouver eux-mêmes la suite de l’histoire. Le blocage a été levé. Les pages qui en ont résulté ne sont pas mauvaises, mais le moment est venu de les laisser de côté. Et donc je coupe, je taille, j’élague, j’allège et je laisse davantage de travail aux lecteurs, qui ne sont pas stupides.

À chaque relecture, je suis attristé par la quantité de répétitions que j’ai laissées. Je trouve des solutions dans un excellent dictionnaire des synonymes en ligne. Les adverbes sont un autre problème, ils poussent partout, un vrai chiendent qui réussit à passer inaperçu… pour ainsi dire presque toujours. J’en ai supprimé un bon paquet dans ce texte-ci, mais il en reste… encore beaucoup trop.

Ma machine à écrire

Ce sont des heures et des heures de travail. J’émonde et je taille avec mon petit sécateur numérique. Chaque mot biffé est une petite victoire. Hier, j’ai embarqué ma machine à écrire et une partie du manuscrit dans un long voyage en train, car le wagon restaurant des ICN est mon espace de coworking de prédilection. J’ai mangé à Saint-Gall et visité l’exposition Double Take de la Fondation suisse pour la photographie à Winterthour. Des heures de train, des heures de révision, dans un espace confiné mais agréable, la musique dans mes oreilles si les conversations autour de moi me dérangent.

À la maison, il y a tellement d’autres choses à faire…

Tu peux courir !

Cela fait maintenant cinq ans que j’ai commencé la course à pied. « Course » est un bien grand mot : je ferais mieux de parler de jogging au vu de mon allure moyenne. Toujours est-il que, trois fois par semaine, je vais promener mon ventre et mes cent kilos sur un parcours de cinq à six kilomètres. Je vais seul, dans des endroits où je sais que je vais croiser peu de monde, car je ne tiens pas à imposer le spectacle de mes efforts à des centaines de personnes chaque fois que je sors. Et je vais tôt le matin : il fait encore frais, le vent ou la bise ne sont pas encore levés, la lumière est souvent belle et je vois parfois des animaux sauvages, des lièvres en ce moment.
L’image date de l’automne 2016, mais je passe toujours par cet endroit.
Pouvoir faire cela à 67 ans relève du miracle. J’ai détesté le sport. Les leçons de gym ont été une torture et je ne comprenais pas qu’on puisse aimer cela. Je n’aimais pas marcher, les vacances en montagne étaient des choix de masochistes. À part un peu de ski, je n’ai rien fait en matière de sport. Peut-être est-ce ainsi que j’ai préservé mes articulations, qui fonctionnent bien, alors que je vois beaucoup de mes contemporains se plaindre des leurs.
Il m’a fallu un travail en profondeur sur moi-même pour faire sauter tous ces verrous et m’y mettre peu à peu. Aujourd’hui, c’est un plaisir auquel j’aurais de la peine à renoncer. Bien sûr, il faut faire l’effort de se préparer et de sortir, mais je n’ai plus à me demander si j’y vais ou non : tant que la météo est acceptable (pas moins de zéro degrés, pas de grosses intempéries), c’est décidé, je sors.

Samedi dernier, une femme m’a dépassé alors que je courais au bord du lac. Elle n’avait pas la moitié de mon âge et pas la moitié de mon poids. Sa course paraissait aisée et facile, et ça m’a vexé, comme quand on roule pied au plancher et qu’on se fait dépasser par une voiture plus puissante. Je sais pourquoi je ne m’inscris pas aux courses populaires : je n’ai aucune envie de figurer au dernier rang du classement.

Je cours moins vite aujourd’hui qu’il y a deux ou trois ans, mais qu’importe ? Je suis content si j’ai fait mes 5 kilomètres, content aussi quand je vois que ma vitesse augmente depuis le début de l’année. C’est même ce matin que j’ai fait ma course la plus rapide. Oui, je peux courir. Et c’est bon pour l’estime de soi.

L’effet publication

L’autre jour, à la caisse de la Coop, ma carte de crédit était introuvable. Perdue ? Volée ? J’avais le sentiment que non. Il fallait donc chercher où elle était. Je me suis souvenu que je l’avais utilisée en dernier pour acheter du vin et j’ai appelé le vigneron. Son épouse m’a promis de me rappeler quelques minutes plus tard, le temps de vérifier. Au moment où j’ai reposé le téléphone, j’ai su qu’elle était restée dans la poche poitrine de la chemise que je portais la veille. Elle y était. Content et confus, j’ai dit à la dame que je avais retrouvé ma carte et je lui ai présenté mes excuses pour le dérangement.

Le fait de “publier” la perte de ma carte a modifié ma perception de la chose et réveillé le souvenir de l’endroit où elle se trouvait.

C’est pareil avec l’écriture. On a beau lire, relire et faire relire son texte à d’autres, c’est quand il est imprimé que les fautes apparaissent. On tient le livre tout frais dans sa main, on l’ouvre au hasard, et on tombe sur une coquille. Le changement de perception est troublant : quand tout était encore modifiable et remédiable, on ne voyait rien. Quand c’est trop tard, les problèmes sautent aux yeux.

 

Je m’en suis encore rendu compte la semaine dernière avec le billet sur Joni Mitchell, que j’ai eu de la peine à écrire. Sitôt publié, j’ai modifié la conclusion du billet, parce que je me suis rendu compte que je n’avais pas tenu compte d’un passage important de la chanson. Et j’y suis encore revenu le lendemain. Effet publication : enfin, le texte apparaît pour ce qu’il est. Heureusement, on modifie plus facilement un blog qu’un livre imprimé.

Je ne dirai pas ce qui a changé dans ce texte, dont je ne suis toujours pas satisfait, parce que j’y évoque brièvement des idées peu familières qu’il faudrait expliquer en détail. Mais si le phénomène vous intéresse, abonnez-vous au blog : vous recevrez les nouveaux posts au moment de leur première publication.