Dématérialiser la doc

Back to blogging 7/10

C’est peut-être paradoxal, mais je me suis parfois demandé si le succès de GTD ne tient pas en partie au fait qu’il suppose des investissements non seulement en temps, mais aussi en argent, et cela pour le classement des documents à conserver. On peut commencer à appliquer la méthode avec un bloc-notes, un carton en guise de boîte de réception et une corbeille pour jeter l’inutile. Mais si l’on suit David Allen dans sa quête de l’efficience s’agissant de retrouver un document classer, on va passer lourdement à la caisse. En effet, on aura besoin d’une étiqueteuse

et d’un système de dossiers allant dans un tiroir et donc dans un meuble :

En zélé disciple, j’ai acheté l’étiqueteuse et récupéré un élément de bureau à tiroirs. Je l’ai repeint parce que sa belle couleur vert pâle style bureau 1960 ne me plaisait pas. J’ai trouvé des dossiers papier qui ressemblaient aux manilla folders de The David. Il en faut beaucoup et ils ont représenté le poste le plus important de mon budget archives.

Pendant une année ou deux, c’était magique. Un document à classer ? Le dossier correspondant n’existe pas ? Hop ! un dossier neuf, une étiquette avec le mot-clé, et rangement par ordre alphabétique. Rapide et propre. Deux minutes, pas davantage. La magie a commencé à jouer moins bien quand mes deux tiroirs se sont retrouvés bourrés au point que je ne pouvais plus rien y glisser. Il a fallu gagner de la place en triant les dossiers et leur contenu pour jeter ce qui était devenu inutile. Et le moment est venu où j’ai dû me rendre à l’évidence: il faut acheter un nouveau meuble ou trouver une autre solution. Aucun meuble disponible en brocante, des prix de fou pour du neuf. La solution a été de consentir à un investissement dématérialisant et moins cher que deux gros tiroirs en tôle : un scanner rapide.

Tout y passe maintenant: les factures, les coupures de presse, les décomptes, parfois des magazines entiers. Il est rapide et propre, il produit des PDF indexables et les adresse aux applications de paiement ou de classement. Je n’ai plus besoin de tiroirs ni de classeurs supplémentaires, je retrouve tout rapidement avec un ou deux mots caractéristiques du document, et si je dois produire le document sous forme papier, je l’imprime.

Ah, le plaisir de passer ensuite les factures et les bulletins de versement au destructeur de documents !

La capture et les deux minutes

Back to blogging 6/10

J’aimerais revenir sur deux choses que j’ai évoquées hier en vue de gagner un peu de tranquillité d’esprit en s’angoissant moins.

La capture. Partout et en tout temps. Ubiquitous capture, qu’ils disent. Dès que l’idée d’une tâche fait surface, ou une idée tout court, il faut la capturer et pour cela avoir constamment sous la main le lasso adéquat. Au moins un crayon ou un stylo et du papier. Ou une note dans le téléphone. J’ai déjà dit combien je suis distrait. Si j’attrape l’idée quand elle se présente et si je la mets sur du papier ou dans la boîte de réception de l’outil informatique que j’ai sous la main, je suis tranquille, je ne l’oublierai pas. Il faut que ce soit facile, immédiat. Le papier ira dans la boite de réception physique et je l’y retrouverai quand je ferai ma révision en fin de semaine. La facture reçue ira au même endroit et ne sera pas oubliée au moment de faire les paiements. Je fais probablement grand cas d’une habitude tout simple que la plupart des gens connaissent. Pour moi, procéder ainsi a été un grand soulagement.

La règle des deux minutes. Au moment de la révision, prévoir du temps en suffisance. En effet, si on tombe sur une tâche qui peut être faite en moins de deux minutes, il faut la faire immédiatement. Pourquoi ? Parce qu’il faudrait plus de temps pour la noter et la remettre à plus tard que pour s’en acquitter sur-le-champ. C’est aussi simple que cela. Ces micro-tâches sont nombreuses et les négliger fait perdre ensuite beaucoup de temps.

Je n’ai pas eu beaucoup de temps à disposition aujourd’hui pour écrire ce billet. J’en avais noté le thème et je n’ai pas eu à réfléchir pour trouver une idée. Bon, ça m’a pris plus de deux minutes, mais j’ai pu caser le temps de rédaction dans celui qu’il m’a fallu pour rentrer chez moi ce soir avec le train et le bus. C’est déjà ça.

La productivité sans stress

Note (2013-03-20) : j’ai vraiment cru poster ce qui suit hier soir, mais j’ai rédigé en ligne et une panne de connexion WiFi m’a fait perdre presque tout le billet, à l’exception du début. J’essaie maintenant de reconstituer de mémoire ce qui a été effacé. Les gens qui ont essayé d’ouvrir le lien que j’ai tweeté ont dû se marrer : la productivité sans stress, et une page vide…

Back to blogging 5/10

Comme j’ai l’impression d’être peu performant, je lis volontiers les livres qui enseignent à faire plus en moins de temps, à s’organiser en développant une sensibilité nouvelle aux moments qu’on pourrait utiliser pour telle tâche qui attend son accomplissement, à mettre l’accent sur les vraies priorités, dans le style First Things First. Cependant, c’est David Allen et Getting Things Done (GTD) qui m’a convaincu qu’il ne suffisait plus de lire, mais qu’il fallait agir. La productivité sans stress, l’esprit comme une eau tranquille au milieu de l’action, voilà ce que j’ai voulu réaliser.

Avec GTD, on ne vous demande pas quel est le but de votre vie et comment celui-ci doit conduire vos actions les plus humblement quotidiennes (top down), on vous apprend à gérer les choses par l’autre bout, en fonction de ce qui se présente concrètement au jour le jour (bottom up).

Les idées les plus importantes (celles que j’ai retenues et que j’applique) sont les suivantes :

  • rassembler tous les documents, papiers, post-its et autres notes dans le même endroit, dans la boîte de réception. Tout ce qui arrive et qui implique quelque chose à faire doit passer par ici :

  • examiner les documents ainsi réunis un par un, en identifiant clairement s’il y a ou non une action impliquée
  • si cette action prend moins de deux minutes, l’exécuter immédiatement
  • s’il n’y a pas d’action impliquée, c’est qu’il faut jeter ou classer le document
  • si l’action impliquée prend plus de deux minutes, il faut la noter dans une liste en fonction du projet auquel elle appartient et en relation avec le contexte dans lequel elle doit être faite : dans quel lieu, avec quels outils, en relation avec quelles personnes, etc.

C’est ici qu’interviennent des outils spécifiques. Manifestement, David Allen pensait à des outils papier. Il a développé GTD durant les années 1990 et le modèle qu’il a en tête ressemble plus à un agenda classeur relié cuir d’un kilo, avec les divisions qu’il faut, qu’à un ordinateur. D’ailleurs, son site propose des accessoires à la vente qui ont longtemps été du papier; ce n’est que récemment qu’il a dépassé le stade des conseils pour bien utiliser Outlook. Il existe maintenant des solutions logicielles qu’on peut utiliser dans une perspective GTD de manière très souple et efficace. Pour ma part, j’utilise OmniFocus dans ses trois versions iPhone, iPad et Mac, toujours synchronisées. Ce que je mets dans la boîte de réception de l’un se retrouve dans les autres, et ainsi de suite. C’est très efficace.

Mais je mentirais si je disais que mon esprit est maintenant comme une eau tranquille au milieu du feu de l’action. Dans son dernier livre, Making It All Work, David Allen reconnaît d’ailleurs que ce n’est pas facile, parce que cela suppose la maîtrise de l’ensemble du processus qu’il propose, et qu’il a d’ailleurs fait un peu évoluer par rapport à la première mouture de Getting Things Done.

Néanmoins, la mise en place d’une partie de la méthode, ne serait-ce que le premier point de mon énumération, permet déjà de réduire le stress et l’anxiété.

Une pomme qui tombait bien

Back to blogging 4/10

Après les agendas papier, je suis passé au tout électronique en 1997 en achetant un Newton 2100, le dernier modèle de la gamme, last and least. Quelques mois plus tard, Apple décidait d’en arrêter la fabrication et le support, alors que ce merveilleux appareil était enfin parvenu à maturité.

Un vrai bonheur, une fois digéré le prix d’achat (il était horriblement cher). Reconnaissance de l’écriture manuelle, écran confortable par sa taille, intégration parfaite de l’agenda, du carnet d’adresses , des notes et de la liste des tâches, de très bonnes applications tierces, traitement de texte et tableur corrects. Il communiquait avec les téléphones et imprimantes au moyen de câbles, et ça fonctionnait. La gestion des mails était bonne, la navigation sur le web était possible, mais primitive. Son écran noir et blanc (gris foncé sur gris clair, disons) gérait mal les images. Le Newton ne lisait pas les MP3 et se contentait de jeux simples (échecs, backgammon, etc.). Mais on n’en demandait pas tant en 1997. Personne ne savait ce que WiFi veut dire, et les ports USB étaient encore à venir. Mais il y avait deux logements pour des cartes dont j’ai oublié le nom, ajoutant des fonctions ou de la mémoire.

J’ai beaucoup travaillé avec cette machine. Je l’ai ressortie hier de son tiroir pour essayer de la remettre en route. J’ai introduit quatre piles neuves et c’est reparti, j’ai retrouvé mes fichiers, mes notes de l’époque. En revanche, quand j’ai voulu régler la date et l’heure, je suis tombé sur une impossibilité : un bug du système d’exploitation fait que la machine cale au-delà du 5 janvier 2010 à 18:48:31. Il y a des patches de correction que je n’ai pas eu le temps d’appliquer, car pour cela il faut aussi remettre en route un vieux mac doté des ports capables de communiquer avec le Newton. Ce sera pour une autre fois peut-être.

La nostalgie du Newton ne touche pas que moi. Le site United Network of Newton Archive (unna.org) continue d’être maintenu par quelques passionnés, et on trouve des émulateurs Newton pour divers systèmes d’exploitation.

J’aime le papier – Quelques mots sur l’histoire de mes agendas

Back to blogging 3/10

J’aime le papier, son grain, sa texture, sa teinte, sa main, son parfum. La manière dont il réagit à la plume, au crayon, à la bille du stylo. Merveilleuse matière porteuse de signes et de messages, durable, facile à conserver, immédiatement disponible sans alimentation électrique, utile même pour allumer le feu. Les plus beaux ? Le vergé, le filigrané et celui sur lequel on imprime les estampes et autres sérigraphies. Le plaisir maximal est atteint quand l’accord est parfait entre la plume qui glisse, laissant sa trace luisante, et la page satinée qui la reçoit en surface, là où l’encre sèche au lieu de suive les fibres dans la profondeur du papier. Pour la danse de la plume, les carnets Moleskine sont bons;  les cahiers Clairefontaine flirtent avec l’excellence, mais ils n’ont pas cette belle teinte crème.

J’aime aussi tout ce qui sert à écrire et à dessiner. Quoi de plus beau qu’une grande boîte de crayons de couleur ? Tout ce qui est capable de laisser une marque sur du papier me fascine, pinceaux, calames, stylos, mines de plomb du 5 H au 5 B, avec une préférence pour le 2B, contés, feutres et fusains. Quand je découvre une ville nouvelle, je visite ses papeteries. C’est là que j’achète mes souvenirs.

Il faudrait encore évoquer la typographie. Il y a toujours une émotion à sentir au bout du doigt qu’un papier a vraiment été imprimé : il garde un gaufrage, la marque des caractères de plomb qui ont posé l’encre dans le papier en s’y gravant. Les impressions d’aujourd’hui sont légères et superficielles en comparaison – mais pas moins belles.

Et pourtant, paradoxe, je rédige ces lignes à l’ordinateur, sans même passer par un brouillon manuscrit. Car j’aime aussi la technique, les machines, les bidules électroniques. Mes outils d’organisation sont passés du papier à l’écran. Pas d’un coup ni en une fois : il a fallu que les outils techniques deviennent suffisamment convaincants pour que j’abandonne tout le bel univers sensoriel du papier.

Puisque j’ai promis de parler de mes différentes tentatives d’organiser ma vie professionnelle (au moins celle-là), disons que j’ai fonctionné pendant de nombreuses années avec un agenda à anneaux, une feuille par jour, et des pages pour les notes, les comptes, les adresses etc. J’ai utilisé les modèles Succes Standard de chez Biella (ils sont toujours produits). Ils m’ont rendu les services que j’en attendais pendant au moins 15 ans : gérer mes classes, mes travaux, mes leçons, inscrire les notes, etc. À partir du moment où j’ai eu un ordinateur et une imprimante, j’ai produit mes propres modèles, imprimé les adresses, amélioré l’ordinaire de l’offre standard. J’ai dû acheter une perforeuse capable de faire 6 trous, fort chère. Mais les trous étaient d’un diamètre plus grand que ceux des pages vendues par l’éditeur de l’agenda, ça faisait bricolé, et ça me gênait.

Puis, vers 1990, j’ai craqué pour les organiseurs grand format, reliés cuir. Un kilo au bas mot. Les pages étaient au format A5 et avaient aussi six perforations. J’ai donc pu continuer de me servir de ma perforeuse. Il y avait des divisions plus nombreuses que dans la version Succes. Mais j’ai joué de malchance : l’éditeur que j’avais choisi a cessé de produire ses agendas, et j’ai dû me rabattre sur ceux d’un concurrent, plus beaux, mais incompatibles avec le matériel déjà acheté, parce que les perforations n’étaient pas espacées de la même manière.

Peu après – c’était fin 1997 – j’ai acheté un Newton et j’ai lâché tout ce papier.

J’en parlerai demain.

Il faudrait prévoir les imprévus

Back to blogging 2/10

On a beau vouloir faire vite, des imprévus se mettent en travers de la route. Ça provoque des retards. Deux exemples.

Jeudi dernier, quand j’ai voulu faire mon premier billet pour back2blog, j’ai ouvert le tableau de bord de WordPress pour créer un nouvel article. C’est là que j’ai découvert que je devais faire 9 (neuf) mises à jour, pas une de moins. La première était celle de WordPress lui-même. Facile : il suffisait de cliquer sur un lien pour que la mise à jour se fasse automatiquement. J’ai cliqué. Il a encore fallu introduire le mot de passe FTP de mon site. Je ne m’en souvenais plus, mais je savais où je l’avais inscrit, je l’ai trouvé, je l’ai introduit et la procédure s’est remise en route. Pas longtemps : elle s’est arrêtée avec l’indication d’une erreur : le fichier machin n’a pu être copié. Impossible de continuer.

Sueurs froides. La panne. Vérification faite, le blog ne fonctionne plus. Il affiche un avertissement selon lequel le site est en maintenance. Moi qui suis d’ordinaire soucieux des sauvegardes au point d’en avoir trois, dont une est conservée ailleurs qu’à la maison, je n’ai pas pris la peine de faire celle du site avant de lancer la mise à jour. Google me livre les explications dont j’ai besoin pour procéder à une mise à jour manuelle. Méfiance : il est dit que c’est vraiment hyper simple et qu’il faut commencer par faire une sauvegarde du site. Merci, pour le coup, je me sens particulièrement nul. Par précaution, je copie sur mon disque dur deux dossiers qui paraissent renfermer mes contenus. La copie démarre, se poursuit, mais ne se termine pas. Je ferme tout et je relance le logiciel FTP. Voici qu’il réclame sa propre mise à jour. Allons-y, ils ont peut-être corrigé le bug sur lequel je suis tombé. Je reprends ensuite les opérations en suivant pas à pas les explications trouvées… et enfin la mise à jour se termine. Le site est redevenu consultable.

Je ne vous dis pas le soulagement. Enhardi par mon succès, je fais la mise à jour des thèmes et des extensions, sans aucun problème. Mais pour l’écriture du billet, c’est fini, je n’ai plus le temps. Ce sera pour demain.

Le deuxième exemple vient de mes démêlés avec les hashtags de Twitter. Je ne sais pas si ça vous arrive, mais à moi, oui. Je dépose attentivement les hashtags dans le texte de mon tweet, tout a l’air parfait, sauf qu’après vérification, je vois que le hashtag n’a pas pris : mon tweet n’apparaît pas dans le fil correspondant. Je fais un deuxième tweet encore plus attentivement. Même résultat. Sur trois tweets contenant le même hashtag, un seul a été reconnu. Heureusement, Stephanie veille au grain et retweete le lien que j’avais bien sûr oublié d’indiquer dans le tweet qui s’était comporté correctement.

Manifestement, je manque d’expérience ou j’ai perdu la main.  Manque de pratique. Et je suis distrait. Back2blog tombe à point nommé pour m’aider à reprendre de meilleures habitudes.

Sinon, pas de souci. Tout va bien, merci.

Réamorcer la pompe

Back to blogging 1/10

Lundi dernier, à l’initiative de Stephanie Booth, plusieurs personnes se sont lancées dans le défi Back to Blogging (Hashtag:#back2blog).

Le but est de s’obliger à publier pendant dix jours d’affilée un billet quotidien dans son propre blog afin de retrouver des habitudes de publication régulières.

N’ayant pas eu connaissance assez tôt de cette action pour démarrer en même temps que les autres, j’ai tout de même décidé de me joindre au mouvement, malgré plusieurs jours de retard, convaincu que l’obligation morale que je contracte ainsi m’encouragera à persévérer.

En lisant certains des textes déjà publiés par les autres, j’ai trouvé un thème suffisamment porteur pour tenir dix jours: mes réflexions sur mes tentatives de mieux m’organiser dans mes activités d’écrivain en particulier et dans ma vie en général. J’ai essayé pas mal d’outils, j’ai lu les œuvres complètes de David Allen, j’ai suivi plusieurs blogs décrivant le meilleur usage de GTD, je m’efforce de conserver moins de papier, etc. Autant de préoccupations qui sont finalement assez communes.

Pour inaugurer la série, je propose cette jolie vidéo sur le thème « Paperless » que j’ai trouvée ce matin chez MacSparky :

La clarté des principes

Ce matin, j’ai entendu un juriste s’exprimer clairement. La discussion portait sur la récente ordonnance du Conseil fédéral fixant au 1er janvier 2013 l’entrée en vigueur de l’article constitutionnel sur les résidences secondaires.

L’invité du Journal du matin de La Première, l’avocat Michel Rossinelli, a rappelé quelques principes. L’ordre juridique est hiérarchisé, en ce sens que la Constitution prime sur les lois, et les lois sur les ordonnances. Pas question donc que le Conseil fédéral puisse, par une ordonnance, modifier une disposition constitutionnelle. C’est une « totale illusion juridique » car une telle décision politique « pragmatique », prise sous la pression, conduira à beaucoup de désillusions, la situation étant tout à fait claire en cas de recours. En effet, le Code civil définit ce qu’est une résidence secondaire et l’annexe de l’ordonnance fixe la liste des communes comptant plus de 20% de résidences secondaires. Il ne sera pas difficile à un juge de trancher en rappelant que l’article constitutionnel prime sur l’ordonnance.

Quel bienfait d’entendre un juriste rappeler clairement qu’il faut respecter la constitution. Cela dit, j’imagine que d’autres juristes signaleront que l’article constitutionnel prévoit des dispositions transitoires (article 197, chiffre 8) stipulant que « les permis de construire des résidences secondaires qui auront été délivrés entre le 1er janvier de l’année qui suivra l’acceptation de l’art. 75a par le peuple et les cantons et la date d’entrée en vigueur de ses dispositions d’exécution seront nuls« . Le champ serait-il libre jusqu’au 31 décembre de cette année, alors même que l’article 75b, lui, est entré en vigueur le 11 mars dernier ? On notera de surcroît le flou dans la numérotation des articles: l’initiative parle de l’art. 75a alors que, dans la Constitution fédérale, c’est l’article 75b… Bonjour la clarté.

Les initiants sont donc responsables de ces incertitudes, mais le Conseil fédéral et les Chambres n’ont pas toujours montré un respect sans borne de la volonté populaire. Je me souviens d’avoir voté sur un référendum à propos de l’introduction de l’heure d’été. Le 28 mai 1978, le peuple et les cantons ont refusé, à une majorité de 52,1%, de donner au Conseil fédéral la compétence d’introduire l’heure d’été. Les paysans avaient convaincu la population que le respect du sommeil des vaches l’emportait sur d’hypothétiques économies d’énergie. Qu’importe ? Deux ans plus tard, l’affaire était entendue et l’heure d’été introduite à partir de 1981, le Parlement ayant conclu que c’était devenu nécessaire, puisque l’Allemagne et l’Autriche l’avaient introduite entre-temps. Mais on n’a pas jugé utile d’inviter le peuple à se prononcer à nouveau.

Chronologie toute personnelle des événements politiques qui m’ont marqué

Né avec la seconde moitié du XXe siècle, je me suis demandé quels sont les événements politiques qui m’ont particulièrement frappé. Le résultat est évidemment partiel, partial et totalement subjectif.

J’ai souvent eu le sentiment que les choses qui s’étaient passées avant ma naissance relevaient pour ainsi dire de la préhistoire. Je n’en étais pas, je n’en ai eu connaissance que par ouï-dire et, plus tard, par mes lectures et les leçons d’histoire. Mon monde à moi a commencé quand j’ai commencé à en percevoir des échos. Le premier a été le lancement du satellite Spoutnik en 1957. Les gens du quartier s’étaient retrouvés pour essayer de le voir passer dans le ciel, mais personne n’était sûr que le truc brillant qu’on voyait était bien le satellite et pas un avion. C’est la première fois que j’ai entendu l’expression « les communistes ».

Dans ma famille, on avait l’habitude d’écouter sur Sottens le bulletin de l’Agence télégraphique suisse, tous les jours à midi quarante-cinq, précédé du signal horaire de l’Observatoire chronométrique de Neuchâtel: de longs sifflements et des bips sur les cinq dernières secondes, le dernier deux tons plus haut, de quoi remettre les pendules à l’heure. Le « speaker » officiel, toujours le même, parlait sur un ton neutre (évidemment) de l’Algérie, de l’OAS, du général de Gaulle et des autres actualités. Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à comprendre ce qui s’était joué durant la fin des années cinquante, grâce à Camus, Sartre et quelques autres.

Le premier grand coup est venu en 1963 avec l’annonce de la mort du président Kennedy. La nouvelle a été donnée en soirée à la radio, qui a interrompu ses programmes pour la communiquer, après quoi il n’y a plus eu que de la musique classique jusqu’à la fin des émissions. L’émotion était intense. Tout le monde était choqué. Aujourd’hui encore, on ignore qui sont les véritables auteurs de cet assassinat, mais on en reparlera l’an prochain pour le cinquantième anniversaire, pas de doute. C’est à partir de ce jour-là que j’ai commencé à m’intéresser de plus près à l’actualité politique.

J’avais dix-sept ans au moment de mai 68. Pour moi aussi, ces événements ont été une révolution. Tout pouvait être remis en question, les valeurs qu’on m’avait inculquées aussi bien que le style de l’éducation que j’avais reçue. J’y trouvais des aliments pour ma révolte adolescente et des arguments pour une prise de conscience politique au moment où la guerre au Vietnam battait son plein. Martin Luther King, qui luttait pour la paix, venait d’être assassiné à Memphis (Tennessee).

En août de la même année, nouveau choc avec l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie. La force armée écrasait une révolution démocratique et pacifique qui donnait à espérer qu’il était possible de vivre autrement.

En 1969, je me suis passionné pour l’aventure des astronautes d’Apollo 11 et, dans un café de Rotterdam, j’ai vu Neil Armstrong poser le pied sur la lune. C’était aussi l’année du festival de Woodstock.

En 1970, j’ai déploré la séparation définitive des Beatles et pensé avec beaucoup d’autres que Yoko Ono, la nouvelle femme de John Lennon, en était la cause.

J’ai curieusement peu de souvenirs aussi précis des années 1970. Il y a eu les actions terroristes en Allemagne et en Italie, bande à Baader et Brigades rouges. Il y a eu aussi l’assassinat (encore un) de Salvador Allende en 1973, nouvel écrasement violent d’une espérance que l’action politique pouvait changer les choses en bien. Idem, en 1979, avec l’arrivée au pouvoir, en Iran, de l’ayatollah Khomeini. Je commençais à réaliser qu’en politique, le contraire du mal n’est pas le bien, mais une autre forme de mal, souvent pire.

Des années 1980, je me souviens des vives tensions entre l’Est et l’Ouest, de la folle croissance des armements en Europe, missiles Pershing dirigés vers l’URSS et missiles soviétiques dirigés vers l’Europe occidentale. En Allemagne, les pacifistes défilent avec le slogan « plutôt rouges que morts ». On craint qu’un incident ne déclenche un cataclysme nucléaire. Qui prévoyait alors que 1989 verrait la chute du Mur de Berlin et bientôt celle de tout le système soviétique dans les pays de l’Est au début des années 1990 ?

Avec le 11 septembre 2001, je rejoins les souvenirs vécus de tous ceux qui pourront lire ceci. On a eu l’impression qu’une période nouvelle s’ouvrait, imprévisible, que les vieux schémas ne permettaient pas de comprendre. On se demande quand le XXe siècle, comme entité historique, s’est terminé. La chute des deux tours du World Trade Center est une date possible, mais celle de la chute du communisme soviétique me paraît plus significative. Dans cette perspective, le XXe siècle a été court mais extrêmement violent et sanglant: il a duré de 1914 à 1989. Depuis cette date, l’histoire au jour le jour est devenue beaucoup moins lisible.

J’aurais pu citer d’autres événements, par exemple la chute du franquisme en Espagne, le combat des dissidents de l’Est, l’aventure de Solidarité en Pologne avec le combat de Lech Walesa, appuyé par la présence d’un pape polonais au Vatican. Et d’autres encore, tels la naissance du canton du Jura ou le discours d’Adolf Ogi, président de la Confédération, devant son sapin à Kandersteg. Ce qui me frappe, c’est la manière dont les événements subséquents relativisent ceux qui les ont précédés. Je me contenterai d’un exemple : qui aurait cru, en 1968, que l’un des fers de lance du mouvement, Alain Geismar, deviendrait inspecteur général de l’Éducation nationale vingt-deux ans plus tard?

Tout cela, à coup sûr, paraîtra à beaucoup de lecteurs jeunes appartenir à leur propre préhistoire. Mais le monde a commencé avant eux, et bien avant moi. Faire ce genre de pointage donne aussi l’occasion de relativiser les points de vue auxquels nous sommes présentement attachés.

Et pour vous, quels ont été les événements marquants ?

Se déprendre

À vouloir juger de ce qui se passe, on se trouve ramené à la relativité de son propre point de vue. Il a fallu une certaine candeur à Descartes pour penser qu’avec le cogito, il touchait à l’inconditionné ou, pour le dire en s’aidant de ses propres métaphores, qu’il parvenait à effacer d’un coup tous les motifs que les autres et son propre vécu avaient peints sur la toile de son esprit, et donc à se débarrasser de tous ses préjugés. Après quoi il a pu entreprendre méthodiquement de penser objectivement le monde en accumulant les vérités avec assurance. Heureux homme.

Nous n’avons plus la prétention d’y parvenir. Deux siècles de sciences humaines se sont chargés de nous débarrasser de nos illusions à cet égard. Notre situation historique, sociale, psychologique, notre âge, notre propre histoire et bien d’autres déterminismes font de nous des individus très prévisibles, qui se bercent de l’idée qu’ils sont libres et qu’ils peuvent juger de tout.

Puis nous nous découvrons embarqués sur une espèce de grand bateau ivre dont la manoeuvre nous échappe, lui-même entraîné par un courant irrésistible. Les passagers s’y disputent, leurs situations sont incroyablement diverses, ils sont très nombreux, mais il y a peu de place à la table des capitaines — car il y en a plusieurs, et rarement d’accord entre eux. Les imaginations du passager qui croit avoir trouvé une boussole infaillible ou les intrigues de celui qui cherche à améliorer son confort ont peu d’importance, à peine moins que les mutineries qui agitent certains secteurs du navire. D’ailleurs, on annonce que le carburant va bientôt manquer. Beaucoup d’impuissance et beaucoup de souffrances – même en première classe.

C’est un exemple de jugement global. Une grande image qui paraît faire sens parce qu’elle correspond à ce qu’on peut tirer des informations et des impressions qu’elles suscitent. Une idée qui renforce le sentiment que toute action est inutile. Mais comment juger si elle est vraie, et peut-on s’en satisfaire ?

On a oublié que la formule qui est devenue le lieu commun de notre époque : Penser globalement, agir localement est de Jacques Ellul et qu’elle date des années 1930. Elle orne (en métal et en allemand) un giratoire pas très loin de chez moi. Or il ne s’agit pas de tourner en rond sans fin pour se convaincre qu’on est dans le coup : il faut choisir une direction et aller de l’avant.

Pour déterminer laquelle, il importe de se déprendre de ce « discours du monde » devenu évident à force d’avoir été ressassé, dont je suis le destinataire et la victime comme la plupart des gens. Pour m’en déprendre, j’ai besoin d’une référence radicalement différente, et c’est là que j’aime cette parole qui recommande de ne pas se conformer au monde présent, mais de chercher en Dieu le renouvellement de notre intelligence (Paul dans l’épître aux Romains, 12.2). Quitter la longueur d’onde du monde pour apprendre à écouter quelqu’un d’Autre n’est pas facile. Mais on cesse alors de tourner en rond et on commence à découvrir de nouveaux chemins d’action.