Qui parle encore de résurrection ?

Dans la presse de cette semaine, je n’ai vu le mot résurrection associé qu’à la reconstruction de la cathédrale de Paris. Sinon, s’agissant de Pâques, il était question de renouveau, de ferveur, d’une « victoire de Jésus sur la mort », sans qu’on sache exactement en quoi consiste cette victoire. Peut-être s’agit-il du renouveau du printemps par rapport à l’hiver ? Mais les saisons existaient bien avant la passion du Christ.

En ce jour de Pâques, il faut réaffirmer que, pour les chrétiens, la résurrection du Christ est l’événement le plus important qui soit. Mais la résurrection est difficile à admettre. C’est pourquoi on se contente de formules édulcorées pour éviter de choquer notre bon sens et notre rationalité.

Je vous accorde volontiers que la résurrection du Christ est un scandale rationnel total. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, alors nous sommes les plus malheureux des hommes, dit l’apôtre Paul. S’il n’est pas ressuscité, alors mangeons et buvons, car demain nous mourrons. C’est encore Paul qui le dit (1 Corinthiens 15.19, 32). Personne ne se voile la face dans la Bible, ni dans l’Ancien, ni dans le Nouveau Testament. Ceux qui en doutent feraient bien de la lire.

Comment alors peut-on envisager de croire à une chose tellement folle que les philosophes d’Athènes se sont moqués quand on leur en a parlé (Paul toujours, dans Actes 17) ? Je vous propose un argument qui concerne les disciples de Jésus.

Quelle a été leur attitude Jésus quand il a été crucifié ? La débandade : nous avons misé sur le mauvais sauveur, notre vie est en danger. Pierre a renié son maître à trois reprises, les autres ont fui. Seul Jean, semble-t-il, a suivi Jésus jusqu’au bout.

Quand les femmes sont venues leur annoncer que Jésus était ressuscité, ils ne les ont pas crues. Le ressuscité a dû se présenter à eux en personne pour que cela change, et encore, ils ont d’abord pensé que c’était un fantôme. Thomas l’incrédule a demandé à mettre ses doigts dans les trous des mains de Jésus et sa main dans son côté blessé par un coup de lance pour pouvoir croire, et il a cru. Cela n’a pas du tout été facile pour eux d’accepter la réalité de ce que leur maître leur avait pourtant annoncé : il ressusciterait le troisième jour. En matière de foi, on peut faire mieux, et c’est probablement la raison qui fait dire à Jésus : heureux ceux qui croiront sans avoir vu (Jean 20.29).

Ensuite, après l’Ascension et la Pentecôte, ces disciples si couards, si peureux, si peu sûrs, sont allés « bouleverser le monde » (Actes 17.6) en annonçant la bonne nouvelle, ne craignant plus rien, se réjouissant des épreuves, acceptant de mourir pour leur foi.

Il a fallu qu’il se passe quelque chose d’immense pour qu’ils soient pareillement transformés : ils ont été témoins de la résurrection du Christ et ils n’ont plus pu s’empêcher d’en parler à tous ceux qui voulaient, ou non, les entendre. On continue d’en parler aujourd’hui, deux millénaires plus tard, en célébrant la fête de Pâques. Pâques n’est pas la fête des œufs et des lapins en chocolat, mais la commémoration de la résurrection de Jésus de Nazareth, fils de l’homme et fils de Dieu.

Croire aux castors ?

J’ai la chance de vivre à la campagne, dans un endroit où il y a encore des oiseaux et des insectes, dont quelques rares papillons. Avec le printemps, les oiseaux sont de plus en plus nombreux et ça gazouille assidûment. Je vois aussi d’autres animaux : trois lièvres ce matin, et un minuscule écureuil noir.

Je n’arrive pas à douter de l’existence de ces animaux-là. Mais les castors existent-ils ? Je n’en ai jamais vu un seul. Et pourtant, il y a les arbres taillés en pointes de crayon, les barrages qui ont transformé le ruisseau qui coulait au fond d’un petit ravin en une rivière de plusieurs mètres de large, avec des bassins successifs où baignent les troncs des arbres encore debout et où, l’autre jour, nageait un couple de canards. La Douanne a tellement changé qu’on se prend l’envie d’y faire pousser des nénuphars et d’y introduire des poissons rouges.

On raconte beaucoup de choses à propos des castors. Des gens disent les avoir observés. Des livres en parlent; leurs mœurs, leurs habitats (invisibles pour nous) ont été décrits. Mais soyons sérieux : comment puis-je croire en l’existence d’animaux dont je n’observe que les créations ? Qui sait si elles n’ont pas des causes que j’ignore ? Au fond, n’est-ce pas comme si je manquais de preuves de l’existence des castors ?

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