Dans l’air du temps

Choses vues

L’École d’Athènes et la plaque de chocolat performative

De passage à Lucerne, la semaine passée, j’ai visité le Musée des Beaux-Arts au quatrième étage du KKL. Il présentait entre autres l’exposition annuelle des artistes de la Suisse centrale, ainsi qu’une installation de Simon Ledergerber intitulée l’École d’Athènes (vidéo à voir en suivant le lien).

Simon Ledergerber, Die Schule von Athen. Photo Kunstmuseum Lucerne

Quand je pense à l’autre École d’Athènes, celle de Raphaël, qui est une allégorie de la philosophie, je trouve celle de Ledergerber bien peu peuplée. Mais qui sait si elle n’est pas en phase avec une certaine philosophie de notre époque, occupée à tourner en rond en grattant les murs à la recherche de traces anciennes ?

Raphaël, L’École d’Athènes, Palais du Vatican, Chambre de la signature. Image Wikipedia.

L’élément qui a vraiment retenu mon attention lors de ma visite était une table dans un couloir, où étaient disposées une douzaine de tablettes de chocolat avec une pièce de 5 francs, rappelant les cadeaux qui font plaisir aux enfants. Une information en deux langues posée sur la table invitait à en prendre une, à condition de l’offrir le jour même à une personne inconnue.

J’ai pris celle de la photo ci-dessus en me demandant à qui je pourrais bien la donner. Un SDF ? Un mendiant ? Ce serait parfait, mais je n’en ai pas vus. À cela s’ajoutait la crainte de devoir tout expliquer, le musée, la table, la consigne à observer. Celle d’essuyer un refus aussi : une tablette de chocolat est facile à accepter, mais il y avait la pièce de 5 francs.

Finalement, le bénéficiaire a été l’employé du wagon restaurant dans le train de Bâle à Berne (j’ai beaucoup voyagé ce jour-là). Il avait plusieurs repas à servir, il était stressé et il passait à côté de moi sans même me demander ce que je voulais. J’ai dû insister pour passer commande. J’étais irrité, il ne m’était pas sympathique. Je lui ai donné la plaque après avoir payé mes consommations, peu avant Berne, en lui disant qu’elle était pour lui, que c’était un cadeau, ein Geschenk. Et là, il a été transfiguré en homme content, souriant, heureux. Il m’a remercié plusieurs fois, et m’a encore apporté un espresso pour me remercier une fois de plus.

J’ai fait un cadeau qui ne m’a rien coûté, sauf qu’il m’engageait à faire quelque chose de précis. Celui qui l’a reçu s’est empressé de m’offrir quelque chose. Don, contre-don. Et l’occasion d’une expérience déstabilisante pour lui et pour moi.

Le match chinois de Walter Bosshard et Robert Capa

Robert Capa (1913-1954) est un photographe bien connu. Celle de ses photos qui montre un milicien républicain fauché par une balle franquiste est devenue l’icône de la guerre civile espagnole.

Photo Robert Capa / Magnum photos

Capa a photographié tous les grands conflits de son époque, dont la guerre sino-japonaise, en même temps qu’un de ses collègues, le Suisse Walter Bosshard (1892-1975). La Fotostiftung de Winterthour permet de les redécouvrir. Le site L’œil de la photographie donne une description exhaustive de l’exposition La Course à la Chine.

Capa et Bosshard, devenus amis, étaient en concurrence pour une publication dans Life. Bosshard gagne la course. Il a une connaissance étendue du terrain, où il a déjà beaucoup voyagé et vécu; il s’intéresse à la vie des gens, à leur quotidien, à leurs souffrances. Il va là où personne ne va, avec un côté aventurier sans peur et sans reproche. Ses images de la Mandchourie révèlent un pays extraordinaire. Il va aussi visiter Yan’an, la “capitale rouge”, et il est le premier à publier un portrait de Mao Zedong.

Mao Zedong à Yan’an, par Walter Bosshard

 

Ses images de la guerre sino-japonaise montrent combien cette guerre a été meurtrière et destructrice. La Chine, politiquement divisée, ne parvient pas à résister à l’invasion japonaiose. Étonnamment, Bosshard a ses entrées aussi bien du côté japonais que du côté chinois et photographie les généraux des parties adverses. C’est du très bon photojournalisme.

Walter Bosshard: Japanischer Bombenangriff auf eine Bahnlinie, Hankou, 1938 © Fotostiftung Schweiz / Archiv für Zeitgeschichte

Capa n’a pas eu la latitude de mouvement dont jouissait Bosshard. Mais la différence saute aux yeux. L’exposition présente quelques-unes de ses photos. Les différences sautent aux yeux : il est meilleur dans la composition, meilleur dans le cadrage, et il y a presque toujours du mouvements dans ses images. Il raconte quelque chose quand Bosshard montre et décrit.

Robert Capa: Wounded soldiers, Tai’erzhuang, Xuzhou front, China, April 1938 © International Center of Photography / Magnum Photos

Mais l’exposition vaut une visite rien que pour Bosshard. Les photos de Capa en supplément.

Co-working mobile

Je n’ai jamais loué d’espace de travail lors de mes déplacements : je préfère les wagons-restaurants. J’ai déjà expliqué ici que j’aime écrire dans les trains. Le mouvement, le défilement du paysage, le balancement des wagons me paraissent propices à l’invention des idées. Une place y coûte le prix d’un café et le personnel ne pousse pas à la consommation.

Les heures du matin sont les plus favorables. Je me suis trouvé plusieurs fois dans des trains où toutes les tables étaient occupées par des gens piochant sur le clavier de leur ordinateur. On travaille davantage sur Bienne-Genève que sur Bienne-Zurich, comme si les gens qui partent en voyage s’envolaient plus souvent de Zurich que de Genève.

L’après-midi, c’est différent. Davantage de retraités de retour de balade. Ou de gens stressés, par exemple cette femme, très élégante, qui n’a pas cessé de parler fort au téléphone entre Zurich et Olten, et en gesticulant. Business is business, mais on la préférerait dans son bureau, porte fermée. Je n’ai pas toujours envie de porter des écouteurs pour couvrir le bruit des voix. Vers le soir, quand les gens rentrent du travail, le niveau sonore augmente avec les bières .

Où peut-on travailler quand on n’est pas chez soi et qu’on est descendu du train ? Les bibliothèques sont silencieuses comme des églises. Sinon, en milieu de matinée et d’après-midi, les restaurants des supermarchés sont très bien.

Le noir et les couleurs

Difficile de trouver des peintres plus différents de ce point de vue que Soulages et Delaunay. Soulages n’utilise pratiquement que le noir sur des toiles de très grand format, qui en sont parfois entièrement recouvertes.

Le noir s’anime dès qu’on se déplace. Le relief de la matière accroche la lumière et tout le tableau se met à vivre.

Delaunay, lui, joue sur les couleurs et ce qu’il appelle leur contraste simultané. Il les fait vibrer, chanter, tourner, dans un agencement qui donne l’impression du mouvement.

Dans les deux cas, c’est de la peinture pure. Les toiles de Soulages ne représentent rien, et Delaunay, la plupart du temps, est dans l’abstraction, même si on reconnaît ici ou là un bout de la Tour Eiffel ou le fragment d’une grande roue.

Il vaut vraiment la peine de se trouver devant les œuvres pour leur donner le temps d’irradier leur présence. Elles sont souvent de grand format, particulièrement chez Soulages. Les images ci-dessus ne leur rendent pas justice. Soulages est visible chez Gianadda à Martigny jusqu’au 25 novembre et Delaunay au Kunsthaus de Zurich jusqu’au 18 novembre.

Tous les jours

Austin Kleon et Seth Godin sont des blogueurs fréquents, qui publient un billet chaque jour, tous les jours de l’année, et franchement, ils m’impressionnent. J’aimerais en être capable. Je les envie.

Sur les raisons de publier aussi souvent, voici un post de CJ Chilvers, qui donne une synthèse des avis de Seth Godin sur la question, et un billet d’Austin Kleon – à qui j’emprunte l’illustration ci-dessous. Désolé, ce sont encore des références en anglais. En français, Stephanie Booth publie fréquemment, mais pas forcément tous les jours – mais comme elle est bilingue, c’est parfois en anglais aussi.

Image empruntée au site austinkleon.com

Alors, bien sûr, chaque billet n’est pas un article de mille mots à la manière d’une dissertation avec des images et des liens, quoique cela arrive. C’est souvent plus bref, l’expression d’une idée, d’un point de vue sur un événement, une lecture, une intuition.

Beaucoup de gens font cela dans Twitter ou dans Facebook, avec l’impression de retrouver des amis. Mais la multiplication des scandales liés à Facebook et les dérives nauséabondes de Twitter sont de bonnes raisons de préférer le blog, que l’on gère soi-même en toute indépendance. Et tant pis si on n’a pas de « Like » et si les lecteurs potentiels sont moins nombreux.

Pour mieux suivre des blogs, il existe des agrégateurs RSS qui collectent les derniers billets des gens qui nous intéressent. Sur Mac et iOS, j’utilise Feeder. Autrefois, le meilleur était Google Reader. Google a supprimé ce service. Google ne veut plus qu’on lise des blogs. Facebook non plus.

Au fond, tenir un blog et suivre d’autres blogs, c’est comme entrer en résistance.

La politique du reptile

Dimanche dernier, l’initiative pour des aliments équitables a été rejetée avec 61,3% de non, et celle pour une souveraineté alimentaire exigeant une agriculture écologique et sans OGM a été refusée par 68,37% des votants.

Or, lors du premier sondage réalisé au début du mois d’août, on prévoyait une acceptation massive de ces deux initiatives, la première recueillant 78% d’opinions favorables, et la seconde 75%.

Le contraste est saisissant. Que s’est-il donc passé ? 

On a souligné que si les initiatives ont été acceptées en Suisse romande, la Suisse alémanique les a largement refusées. Mais là n’est pas le problème que je veux soulever.

Dans les deux cas, il est question d’alimentation, de nourriture. C’est un thème vital. Chacun se sent concerné. La plupart des gens ne veulent pas d’aliments inéquitables, ni une agriculture brutale, bourrée de pesticides et d’OGM, ce que le premier sondage a mis en évidence. Dès lors, les adversaires des projets ont mis en oeuvre une technique redoutablement efficace, celle qui consiste à faire peur. 

En gare d’Olten, 24 septembre 2018.

Peur de manquer, peur de ne plus trouver certains produits, peur de payer davantage pour son alimentation, peur de devoir renoncer à d’autres choses, par exemple à certains loisirs. L’affiche est réussie : une triste pénurie dans les assiettes, on sent le vinaigre du cornichon qui forme la bouche, le brocoli dans le nez, et la tristesse du regard, tout cela sur fond vert. Pas de produits animaux, même les patates ont disparu. L’agence de pub a fait du bon travail.

La théorie du cerveau triunique fournit un éclairage possible de ce qui nous intéresse ici. Le cerveau humain serait composé de trois couches qui se sont superposées au cours de l’évolution. À la base, le cerveau reptilien, commun à tous les animaux, commande les fonctions de base : survie, fuite, peur, plaisir. S’y superpose, chez les mammifères, le cerveau limbique (mémoire et émotions), puis, chez l’homme, le cortex rationnel. Cette théorie est critiquée par de nombreux scientifiques, mais a le mérite d’être facile à comprendre.

Image trouvée sur le site https://chiensetsport.com

Alors que la politique devrait s’adresser à notre cerveau rationnel, celui qui analyse, examine et prend ses décisions en fonctions de critères et de valeurs clairs, les adversaires des initiatives ont cherché à désactiver la raison en stimulant le cerveau reptilien (peur de manquer) et le limbique (peur de perdre de l’argent, des plaisirs et des gratifications).

Procédé classique et indigne, qui contribue à éloigner encore un peu plus les citoyens du souci du bien commun. Il est temps de relire le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens de Robert-Vincent Joule et
Jean-Léon Beauvois.

Qui dit moins ?

J’ai parlé il y a quelque temps de ce documentaire sur Netflix, The Minimalists. Je suis tombé sur un nouveau personnage intéressant, Cédric Waldburger, qui affirme se contenter de 64 objets personnels, dont il publie la liste, et qui a renoncé à son appartement. En revanche, un point sur lequel il est loin d’être minimaliste est celui des affaires, car il se présente lui-même comme un “serial entrepreneur”; à 30 ans, il a créé plusieurs entreprises.

Alors, bien sûr, nombreux sont les domaines sur lesquels je ne pourrai jamais régater avec quelqu’un comme lui, ne serait-ce que parce qu’il ne boit que de l’eau, ne possède aucun livre et ne porte que du noir pour éviter de perdre du temps à se demander quelle couleur choisir. Que ferais-je sans ma cafetière, ma cave et ma bibliothèque ? Et sans mon domicile, puisque je ne voyage pas 300 jours par an, d’avion en avion et de chambres d’amis en locations Airbnb ?

Tout de même, je m’interroge et je regarde autour de moi. De quoi suis-je encombré ? Quels sont les objets que je n’ai pas utilisés depuis plus de 90 jours, ou depuis plus de 10 ans ? Mes livres sont choisis en partie pour constituer une bibliothèque de consultation, en partie pour être lus et, qui sait, relus parce qu’ils m’ont plu. Je trouve que ce sont de bonnes raisons et, sur ce point, Ryan Holiday ne me contredira pas. Il n’empêche que chaque expédition à la déchetterie du Poirier au Chat a un petit goût de victoire quand j’y débarrasse quelque vieillerie. Un petit goût bizarre aussi quand, l’autre jour, j’ai éliminé deux gros paquets de documents dont je suis servi dans mon enseignement, supports de cours, préparations, et même de vieux transparents pour la rétroprojection, qui m’ont coûté des heures de travail. Des kilos de science désormais hors d’usage.

C’est décidé : je vais continuer de réduire mon empreinte matérielle, mais zéro déchet, ce n’est pas pour tout de suite.

En révision

Une fois de plus, je révise mon roman. Après plusieurs mois de repos (le temps pour quelques éditeurs de me signifier leur refus de le publier), je l’ai relu intégralement et repéré les modifications envisageables. Je comprends mieux mes personnages (ils m’émeuvent encore…), et cela aussi suppose des reprises.

Quelques lecteurs (et un éditeur) ont fait état de redites.L’une d’elles trouve son origine dans une panne d’écriture. Je ne savais pas comment continuer mon histoire. J’ai demandé à mes personnages principaux de récapituler les événements passés et de trouver eux-mêmes la suite de l’histoire. Le blocage a été levé. Les pages qui en ont résulté ne sont pas mauvaises, mais le moment est venu de les laisser de côté. Et donc je coupe, je taille, j’élague, j’allège et je laisse davantage de travail aux lecteurs, qui ne sont pas stupides.

À chaque relecture, je suis attristé par la quantité de répétitions que j’ai laissées. Je trouve des solutions dans un excellent dictionnaire des synonymes en ligne. Les adverbes sont un autre problème, ils poussent partout, un vrai chiendent qui réussit à passer inaperçu… pour ainsi dire presque toujours. J’en ai supprimé un bon paquet dans ce texte-ci, mais il en reste… encore beaucoup trop.

Ma machine à écrire

Ce sont des heures et des heures de travail. J’émonde et je taille avec mon petit sécateur numérique. Chaque mot biffé est une petite victoire. Hier, j’ai embarqué ma machine à écrire et une partie du manuscrit dans un long voyage en train, car le wagon restaurant des ICN est mon espace de coworking de prédilection. J’ai mangé à Saint-Gall et visité l’exposition Double Take de la Fondation suisse pour la photographie à Winterthour. Des heures de train, des heures de révision, dans un espace confiné mais agréable, la musique dans mes oreilles si les conversations autour de moi me dérangent.

À la maison, il y a tellement d’autres choses à faire…

L’effet publication

L’autre jour, à la caisse de la Coop, ma carte de crédit était introuvable. Perdue ? Volée ? J’avais le sentiment que non. Il fallait donc chercher où elle était. Je me suis souvenu que je l’avais utilisée en dernier pour acheter du vin et j’ai appelé le vigneron. Son épouse m’a promis de me rappeler quelques minutes plus tard, le temps de vérifier. Au moment où j’ai reposé le téléphone, j’ai su qu’elle était restée dans la poche poitrine de la chemise que je portais la veille. Elle y était. Content et confus, j’ai dit à la dame que je avais retrouvé ma carte et je lui ai présenté mes excuses pour le dérangement.

Le fait de “publier” la perte de ma carte a modifié ma perception de la chose et réveillé le souvenir de l’endroit où elle se trouvait.

C’est pareil avec l’écriture. On a beau lire, relire et faire relire son texte à d’autres, c’est quand il est imprimé que les fautes apparaissent. On tient le livre tout frais dans sa main, on l’ouvre au hasard, et on tombe sur une coquille. Le changement de perception est troublant : quand tout était encore modifiable et remédiable, on ne voyait rien. Quand c’est trop tard, les problèmes sautent aux yeux.

 

Je m’en suis encore rendu compte la semaine dernière avec le billet sur Joni Mitchell, que j’ai eu de la peine à écrire. Sitôt publié, j’ai modifié la conclusion du billet, parce que je me suis rendu compte que je n’avais pas tenu compte d’un passage important de la chanson. Et j’y suis encore revenu le lendemain. Effet publication : enfin, le texte apparaît pour ce qu’il est. Heureusement, on modifie plus facilement un blog qu’un livre imprimé.

Je ne dirai pas ce qui a changé dans ce texte, dont je ne suis toujours pas satisfait, parce que j’y évoque brièvement des idées peu familières qu’il faudrait expliquer en détail. Mais si le phénomène vous intéresse, abonnez-vous au blog : vous recevrez les nouveaux posts au moment de leur première publication.

Images d’un bout du monde

Je reste sous les impressions glanées lors de ma visite du Musée des Beaux-Arts du Locle, je devrais même dire de mes visites, car j’y suis retourné. Je ne m’attendais ni à un musée aussi dynamique (ils ont exposé Baselitz juste avant la Fondation Beyeler), ni à des œuvres si prégnantes.

Les expositions actuellement en cours font une place de choix à la photographie avec Todd Hido  et Gary Winogrand. Guy Oberson  n’est pas photographe, mais il présente des œuvres inspirées de photographies bien connues de Diane Arbus et Robert Mappelthorpe. Il y a enfin une installation de Thibault Brunet qui s’inscrit, elle aussi, dans le registre de la photographie. Le tout est à voir jusqu’au 27 mai 2018.

Je ne parlerai que de l’exposition de Todd Hido et ce que je vais en dire n’engage que moi. Ses images ont l’air d’avoir été prises au bout du monde américain, dans des endroits oubliés, isolés, où il ne peut pas faire beau.

Certains paysages sont photographiés à travers un pare-brise mouillé, avec des plages floues et d’autres plus nettes.

Sentiment d’abandon, de villages désertés, avec des maisons en mauvais état et des motels miteux.

Et il y a les femmes, dont on se demande si ce sont des amies ou des prostituées trouvées dans ces motels, à qui le photographe a demandé de poser sans beaucoup d’artifices. Elles aussi ont l’air désemparées, alors qu’elles semblent les seules présences humaines dans ces lieux.

L’accrochage propose d’improbables narrations.

On cite les films de David Lynch comme une référence possible. C’est vrai que Mulholland Drive n’est pas plus clair (ni, d’ailleurs, la dernière saison de Twin Peaks); Lynch propose même un chapitrage aléatoire dans le DVD. Avec ses jeux de cartes faites de ses photos en petit format, Hido propose quelque chose qui s’en rapproche.

Curieux univers que celui que suggère cette exposition. Je l’ai reçue comme une incursion dans les confins délabrés d’un monde déserté par le sens, où l’on survit comme on peut. En attendant que ce soit fini.

Crédits pour les images : Exposition Todd Hido – In the Vicinity of Narratives, Musée des beaux-arts du Locle. © 2018, Todd Hido.

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