Dans l’air du temps

Écrire

Chasseral love

Je suis très heureux d’annoncer que mon roman Chasseral love vient de paraître aux éditions Mon Village.

Je le présenterai en avant-première dans le cadre des Soirées littéraires biennoises le 4 juin, à 19 heures, au café-restaurant Bierhalle, Route de Boujean 154, Bienne.

La publication du livre est l’aboutissement d’une longue histoire dont j’ai parlé ici et ici. Il est donc disponible pour qui voudrait l’acheter avant de partir en vacances.

Call Hambourg

Oui, c’est un calembour. Je l’avoue, j’aime les calembours et les jeux de mots, tout mon entourage vous le confirmera, avec un soupir de résignation.

Les mots sont fascinants. J’aime les voir, les tourner et retourner, les assembler, les disjoindre, les recombiner. La poésie naît de ces opérations, qui font jaillir des intuitions, qui donnent à penser, comme je l’ai voulu avec le titre du billet Bornes to be free.

Je me suis parfois demandé s’il n’y avait pas quelque chose de comparable dans la manière dont Heidegger utilise certains vers de Hölderlin ou les fragments les plus obscurs des philosophes présocratiques. Il en nourrit sa réflexion, il pense à partir de ces amorces poétiques, il extrapole à partir d’Héraclite et de Parménide pour faire du Heidegger. Ce sont des amorces dont le sens premier compte peu en regard de ce qu’il parvient à en tirer.

Je ne cherche pas à me comparer à un des penseurs majeurs du XXe siècle. Ni à mettre mes calembours et jeux de mots au niveau de la poésie de Hölderlin ou des intuitions de Parménide. Plutôt à identifier des amorces possibles pour aller plus loin.

Encore faut-il reconnaître qu’on peut partir pour de grands et longs voyages d’exploration ou simplement, comme ici, pour une petite balade, avec une douceur à l’intention de Heidegger :

Co-working mobile

Je n’ai jamais loué d’espace de travail lors de mes déplacements : je préfère les wagons-restaurants. J’ai déjà expliqué ici que j’aime écrire dans les trains. Le mouvement, le défilement du paysage, le balancement des wagons me paraissent propices à l’invention des idées. Une place y coûte le prix d’un café et le personnel ne pousse pas à la consommation.

Les heures du matin sont les plus favorables. Je me suis trouvé plusieurs fois dans des trains où toutes les tables étaient occupées par des gens piochant sur le clavier de leur ordinateur. On travaille davantage sur Bienne-Genève que sur Bienne-Zurich, comme si les gens qui partent en voyage s’envolaient plus souvent de Zurich que de Genève.

L’après-midi, c’est différent. Davantage de retraités de retour de balade. Ou de gens stressés, par exemple cette femme, très élégante, qui n’a pas cessé de parler fort au téléphone entre Zurich et Olten, et en gesticulant. Business is business, mais on la préférerait dans son bureau, porte fermée. Je n’ai pas toujours envie de porter des écouteurs pour couvrir le bruit des voix. Vers le soir, quand les gens rentrent du travail, le niveau sonore augmente avec les bières .

Où peut-on travailler quand on n’est pas chez soi et qu’on est descendu du train ? Les bibliothèques sont silencieuses comme des églises. Sinon, en milieu de matinée et d’après-midi, les restaurants des supermarchés sont très bien.

Tous les jours

Austin Kleon et Seth Godin sont des blogueurs fréquents, qui publient un billet chaque jour, tous les jours de l’année, et franchement, ils m’impressionnent. J’aimerais en être capable. Je les envie.

Sur les raisons de publier aussi souvent, voici un post de CJ Chilvers, qui donne une synthèse des avis de Seth Godin sur la question, et un billet d’Austin Kleon – à qui j’emprunte l’illustration ci-dessous. Désolé, ce sont encore des références en anglais. En français, Stephanie Booth publie fréquemment, mais pas forcément tous les jours – mais comme elle est bilingue, c’est parfois en anglais aussi.

Image empruntée au site austinkleon.com

Alors, bien sûr, chaque billet n’est pas un article de mille mots à la manière d’une dissertation avec des images et des liens, quoique cela arrive. C’est souvent plus bref, l’expression d’une idée, d’un point de vue sur un événement, une lecture, une intuition.

Beaucoup de gens font cela dans Twitter ou dans Facebook, avec l’impression de retrouver des amis. Mais la multiplication des scandales liés à Facebook et les dérives nauséabondes de Twitter sont de bonnes raisons de préférer le blog, que l’on gère soi-même en toute indépendance. Et tant pis si on n’a pas de « Like » et si les lecteurs potentiels sont moins nombreux.

Pour mieux suivre des blogs, il existe des agrégateurs RSS qui collectent les derniers billets des gens qui nous intéressent. Sur Mac et iOS, j’utilise Feeder. Autrefois, le meilleur était Google Reader. Google a supprimé ce service. Google ne veut plus qu’on lise des blogs. Facebook non plus.

Au fond, tenir un blog et suivre d’autres blogs, c’est comme entrer en résistance.

Panne sèche

Là, je l’avoue, je sèche. De quoi vais-je parler, où trouver mes sujets ? Je n’imagine pas évoquer le pavage de la place derrière la maison, ni le départ de mes filles après une visite de plusieurs jours, ni les courses que nous avons faites ce matin, ni de la canicule dont tout le monde parle et se plaint. Je voudrais aborder des choses plus…. plus je ne sais pas quoi, plus smart, plus relevées, plus à même de faire dire à mon lecteur ou à ma lectrice : qu’est-ce qu’il est bien ce mec, il écrit des choses incroyables.

Le pire serait d’écrire un billet sur la difficulté d’écrire un billet. “Ce dont on ne peut parler, il faut le taire”, tranche Wittgenstein en conclusion de son Tractatus. Mais nous ne sommes pas dans un livre de philosophie, et même, il y aurait de la lâcheté à renoncer à évoquer ce qu’il est difficile de nommer, de décrire, et qui pourtant s’impose à nous tantôt avec force, tantôt d’une manière si ténue et évanescente qu’on craint de le confondre avec un produit de l’imagination. C’est le travail des artistes, avec des mots, des couleurs et des formes, avec des sons ou des installations. Mettre cela en forme, le manifester de manière sensible, le donner à expérimenter comme jamais auparavant.

Alors, pourquoi ce blog ? Comment le situer parmi les autres, ceux qui donnent des conseils pour bien organiser sa vie, son bureau, sa maison, sa santé, ceux qui donnent des recettes de cuisine, des recommandations de produits ? Ce n’est pas mon rayon. J’essaie de déployer mes antennes, de noter ce qui me frappe, m’intéresse, me navre, ce qui fait sens d’une manière ou d’une autre. J’ai mis un mot-clé, Zeitgeist, pour nommer ce qui capte l’esprit du temps, parfois dans de petites choses. En ce sens, il y aurait des choses à dire à propos du pavage des places, des relations familiales et des produits qu’on trouve dans les supermarchés, parce qu’on peut y déceler des indices des changements de la société dans laquelle nous vivons. Comme pour écrire les Mythologies d’aujourd’hui, à la manière de Roland Barthes élucidant les traits de la société française de la fin des années 1950 en parlant de la nouvelle Citroën, de la publicité Panzani et du Tour de France.

L’examen, donc la critique du temps présent, par le petit bout de ma lorgnette. On n’est peut-être pas plus avancé au bout du compte mais, au moins, on commence à savoir de quoi il est question.

Non, en haut à droite, ce n’est pas un chat en mauvais état, mais une genouillère abandonnée pendant la pause

En révision

Une fois de plus, je révise mon roman. Après plusieurs mois de repos (le temps pour quelques éditeurs de me signifier leur refus de le publier), je l’ai relu intégralement et repéré les modifications envisageables. Je comprends mieux mes personnages (ils m’émeuvent encore…), et cela aussi suppose des reprises.

Quelques lecteurs (et un éditeur) ont fait état de redites.L’une d’elles trouve son origine dans une panne d’écriture. Je ne savais pas comment continuer mon histoire. J’ai demandé à mes personnages principaux de récapituler les événements passés et de trouver eux-mêmes la suite de l’histoire. Le blocage a été levé. Les pages qui en ont résulté ne sont pas mauvaises, mais le moment est venu de les laisser de côté. Et donc je coupe, je taille, j’élague, j’allège et je laisse davantage de travail aux lecteurs, qui ne sont pas stupides.

À chaque relecture, je suis attristé par la quantité de répétitions que j’ai laissées. Je trouve des solutions dans un excellent dictionnaire des synonymes en ligne. Les adverbes sont un autre problème, ils poussent partout, un vrai chiendent qui réussit à passer inaperçu… pour ainsi dire presque toujours. J’en ai supprimé un bon paquet dans ce texte-ci, mais il en reste… encore beaucoup trop.

Ma machine à écrire

Ce sont des heures et des heures de travail. J’émonde et je taille avec mon petit sécateur numérique. Chaque mot biffé est une petite victoire. Hier, j’ai embarqué ma machine à écrire et une partie du manuscrit dans un long voyage en train, car le wagon restaurant des ICN est mon espace de coworking de prédilection. J’ai mangé à Saint-Gall et visité l’exposition Double Take de la Fondation suisse pour la photographie à Winterthour. Des heures de train, des heures de révision, dans un espace confiné mais agréable, la musique dans mes oreilles si les conversations autour de moi me dérangent.

À la maison, il y a tellement d’autres choses à faire…

L’effet publication

L’autre jour, à la caisse de la Coop, ma carte de crédit était introuvable. Perdue ? Volée ? J’avais le sentiment que non. Il fallait donc chercher où elle était. Je me suis souvenu que je l’avais utilisée en dernier pour acheter du vin et j’ai appelé le vigneron. Son épouse m’a promis de me rappeler quelques minutes plus tard, le temps de vérifier. Au moment où j’ai reposé le téléphone, j’ai su qu’elle était restée dans la poche poitrine de la chemise que je portais la veille. Elle y était. Content et confus, j’ai dit à la dame que je avais retrouvé ma carte et je lui ai présenté mes excuses pour le dérangement.

Le fait de “publier” la perte de ma carte a modifié ma perception de la chose et réveillé le souvenir de l’endroit où elle se trouvait.

C’est pareil avec l’écriture. On a beau lire, relire et faire relire son texte à d’autres, c’est quand il est imprimé que les fautes apparaissent. On tient le livre tout frais dans sa main, on l’ouvre au hasard, et on tombe sur une coquille. Le changement de perception est troublant : quand tout était encore modifiable et remédiable, on ne voyait rien. Quand c’est trop tard, les problèmes sautent aux yeux.

 

Je m’en suis encore rendu compte la semaine dernière avec le billet sur Joni Mitchell, que j’ai eu de la peine à écrire. Sitôt publié, j’ai modifié la conclusion du billet, parce que je me suis rendu compte que je n’avais pas tenu compte d’un passage important de la chanson. Et j’y suis encore revenu le lendemain. Effet publication : enfin, le texte apparaît pour ce qu’il est. Heureusement, on modifie plus facilement un blog qu’un livre imprimé.

Je ne dirai pas ce qui a changé dans ce texte, dont je ne suis toujours pas satisfait, parce que j’y évoque brièvement des idées peu familières qu’il faudrait expliquer en détail. Mais si le phénomène vous intéresse, abonnez-vous au blog : vous recevrez les nouveaux posts au moment de leur première publication.

Inscription locale

Curieux de vérifier comment Dürrenmatt avait traité l’inscription locale de son polar Le juge et son bourreau, je l’ai relu en allemand, car la traduction française n’est disponible ni sur iBooks, ni sur Kindle. J’y ai trouvé quelques drôleries absentes en français, par exemple dans les dialogues avec le policier Charnel, dont l’allemand laisse à désirer.

J’avais presque tout oublié du livre, sauf le nom du commissaire Bärlach et le fait que l’action se déroule en partie à Lamboing, dans une maison isolée, celle du personnage Gastmann. La maison existe, elle se trouve à quelques centaines de mètres de chez moi. Je n’y suis jamais entré, mais, dans le parc qui l’entoure, il y a toujours autant de voitures garées que dans le livre.

Photo J.-F. Jobin

Dans ce roman, écrit entre 1950 et 1951, Dürrenmatt oppose Bärlach à Gastmann, un “nihiliste” qui a autrefois parié qu’il pourrait commettre un crime pour lequel on ne pourrait jamais le condamner, faute de preuves suffisantes. Ce qu’il a fait à Constantinople, sous les yeux de Bärlach. Il n’en est pas resté là. On le retrouve en lobbyiste assez trouble opérant à Lamboing, ein gottverlassenes Dorf que personne ne connaît. Bärlach, qui sait que la maladie ne lui laissera plus beaucoup de temps à vivre, s’érige en juge de Gastmann et lui envoie un bourreau pour l’exécuter. Son sens de la justice le conduit à agir en solitaire et en dehors des procédures judiciaires standard.

J’en reviens à l’inscription locale de Der Richter und sein Hecker. Septante ans plus tard (le roman commence au matin du 3 novembre 1948), bien des choses ont changé. La question jurassienne, qui avait éclaté à l’automne 1947 et se trouve mentionnée dans le roman, est aujourd’hui officiellement close. Il n’y a plus de poste de police à Lamboing, plus de station-service à Douanne, où le Bären propose maintenant des sushis; les sapins ont remplacé les peupliers autour de la maison Gastmann, des autoroutes ont été construites, des limitations de vitesse introduites, et on fume beaucoup moins de cigares. Cependant, les itinéraires empruntés par les personnages entre Berne et Lamboing existent encore, ainsi que les bouchons à l’entrée de Bienne. On situe sans peine les endroits décrits et je n’ai relevé qu’une erreur : quand on monte à Lamboing par la route de Schernelz (Cerniaux en français), il faut tourner à droite, et non à gauche, pour franchir le pont sur la rivière. Si on excepte ce détail, on peut très bien marcher aujourd’hui encore sur les traces des personnages.

Autre lieu intéressant, celui où Dürrenmatt se met lui-même en scène dans le personnage d’un écrivain, à un endroit qui ne peut être que Festi, au-dessus de Gléresse, où il a d’ailleurs habité, comme d’autres artistes d’ailleurs, Max Bill par exemple. Pour qui cela intéresse, prendre le funiculaire qui relie Prêles à Gléresse et descendre à l’arrêt Festi. C’est un point de vue exceptionnel. En 2016, on y a d’ailleurs monté une pièce de théâtre tirée du roman.

Je vis dans un endroit irrigué par la littérature. Les poètes Hugues Richard et Francis Giauque sont du Plateau de Diesse. Plus bas, au milieu du lac de Bienne, il y a l’île Saint-Pierre, où Jean-Jacques Rousseau dit avoir passé les plus belles semaines de sa vie. Un peu plus à l’ouest, Tschugg, où Hegel, en 1796, a travaillé comme précepteur des deux filles et du fils du patricien bernois Carl Friedrich Steiger. Et Dürrenmatt, bien entendu. J’en oublie certainement.

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Olio Fiat, ou l’amour des mots

Je ne peux pas voir quelque chose d’écrit sans essayer de le lire, que ce soit le nom des rues, les publicités ou les titres du journal que je déchiffre à l’envers quand quelqu’un le lit en face de moi.

Les mots m’ont fasciné avant que je sache lire. Je m’interrogeais sur leur sens, je posais des questions, et j’essayais de deviner quand les réponses n’était pas satisfaisantes. Dans les années cinquante, par exemple, j’accompagnais mes parents à la messe du dimanche. C’était en latin et il y avait des termes qui semblaient vouloir dire quelque chose. Quand j’entendais Dominus vobiscum, je pensais à vos biscômes et je me demandais de quel petit chien on parlait quand on répondait Et cum spiritu tuo.

Nous habitions non loin d’un passage à niveau. Je m’y arrêtais pour regarder la voie ferrée en direction du sémaphore, les yeux rivés sur les traverses et le ballast entre les rails : ça avait peut-être un rapport avec le fruit de vos entrailles du Je vous salue Marie. Pas facile de comprendre la religion catholique quand on est petit.

Il n’y avait pas que les énigmes de la religion. Mon père aimait chanter Sentiers valaisans, qui le mettait particulièrement en joie. Pas de souci tant qu’il s’agissait des sentiers de là-bas, de là-haut, sentiers conduisant vers un ciel toujours plus haut. C’est après que ça devenait incompréhensible pour mes cinq ans : oh ho, oh holio, oh ho, oh holio, etc. Un an plus tard, quand il a acheté sa première voiture, une Fiat 1100 TV (TV pour Turismo Veloce), une inscription sur le tableau de bord m’a livré un début de piste : Olio Fiat. Mais apparemment, ce n’était pas la bonne.

C’est ainsi que j’ai commencé à aimer les mots. Tout leur mystère ne s’est pas encore évaporé.

Le temps paisible

Sylvain Tesson a écrit Dans les forêts de Sibérie. Il y tient le journal des mois de février à juillet 2010, qu’il a passés en solitaire dans une petite cabane au bord du lac Baïkal, à des heures de marche de ses voisins les plus proches. Son ermitage lui a donné l’occasion de faire des observations intéressantes. En voici trois où il est question du temps, de la tenue d’un journal intime et du désir. Elles rachètent son côté donneur de leçons, parfois irritant ailleurs dans le livre.

L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain, on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont.

Tout ce qui reste de ma vie ce sont les notes. J’écris un journal intime pour lutter contre l’oubli, offrir un supplétif à ma mémoire. Si l’on ne tient pas le greffe de ses faits et gestes, à quoi bon vivre : les heures coulent, chaque jour s’efface et le néant triomphe. Le journal intime, opération commando menée contre l’absurde.

J’archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l’existence. Le rendez-vous quotidien devant la page blanche du journal contraint à prêter meilleure attention aux événements de la journée – à mieux écouter, à penser plus fort, à regarder plus intensément. Il serait désobligeant de n’avoir rien à écrire sur sa page de calepin. Il en va de la rédaction quotidienne comme d’un dîner avec sa fiancée. Pour savoir quoi lui confier le soir, le mieux est d’y réfléchir pendant la journée.

Nous jouons sur la plage. Je leur lance l’os de cerf déniché par Aïcha. Ils ne se lassent jamais de me le rapporter. Ils en mourraient. Ces maîtres m’apprennent à peupler la seule patrie qui vaille : l’instant. Notre péché à nous autres, les hommes, est d’avoir perdu cette fièvre du chien à rapporter le même os. Pour être heureux, il faut que nous accumulions chez nous des dizaines d’objets de plus en plus sophistiqués. La pub nous lance son « va chercher ! ». Le chien a admirablement réglé le problème du désir.

Pages 72, 137-138 et 155-156 de l’édition Gallimard parue en 2011..

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