Brouillon

C’est l’impression que je me fais de moi-même à certains moments. Quand il n’y a plus d’obligations professionnelles, l’existence se déstructure, et je dois résister à ma tendance à ne faire les choses que lorsque l’envie se présente. Chaque nouvelle journée n’est certes pas une page vierge de toute contrainte, mais moins je programme mon temps, plus je le perds en petites choses dont le souvenir s’évapore sans laisser de traces. Du temps vécu, mais perdu. Ce sont les activités qui comptent (l’écriture en premier lieu) qui en souffrent le plus.

Je me « dé-brouille » mieux quand je décide à l’avance à quoi je vais passer mon temps, dans une démarche délibérée, inscrite dans mon agenda. Et si je note ce que j’ai fait de ma journée, cela m’aide à mieux vivre celle qui va suivre.

499,98


499,98, autant dire 500 : à 20 mètres près, selon mon GPS, j’ai parcouru 500 kilomètres cette année en courant. J’en ajouterai quelques dizaines d’ici la fin de l’année, mais j’ai atteint mon objectif pour 2018.

La course est devenue une routine pour laquelle me suis donné les règles suivantes :

  • je cours le matin tôt, seul, à mon rythme et en musique
  • la température extérieure ne doit pas être inférieure à zéro degrés
  • jamais deux jours de suite, mais si possible trois fois par semaine
  • je parcours une boucle et j’évite d’emprunter deux fois le même tronçon
  • je varie les tracés
  • au moins cinq kilomètres, rarement plus de huit
  • s’il fait trop froid, je peux aller plus tard dans la journée.

Quand les conditions sont réunies pour sortir, je ne me demande pas si j’en ai envie ou non : je sors. Le plaisir vient pendant la course. Et s’il n’est pas au rendez-vous, j’ai au moins la satisfaction d’avoir surmonté la tentation de rester à la maison.

Oublis

Au terme d’une semaine bien occupée, j’ai enfin du temps pour écrire un billet pour ce blog, mais c’est moins facile que prévu : je suis loin de chez moi et je dois me contenter de mon téléphone pour l’écrire. J’ai oublié ma tablette à la maison et je n’ai évidemment pas pensé à prendre un clavier pour faciliter la saisie du texte.

Je suis un homme oublieux. Plus tôt dans la journée, je me suis rendu chez mon médecin pour un vaccin. J’étais certain de repartir de chez lui avec toutes mes affaires, mais, de retour à la maison, il m’a appelé sur le fixe pour me dire que mon iPhone était resté au cabinet. J’aurais juré que je l’avais avec moi, mais il avait raison. Un moment d’inattention et hop!

Rendez-vous compte de ma chance. Ce n’est pas la première fois que ce genre de choses m’arrive. Et maintenant que j’ai au moins ce fichu téléphone, je suis en état de vous raconter mes salades. Le système de prédiction des mots est assez troublant, comme s’il voulait me convaincre que je n’écris que des clichés connu depuis longtemps par la machine. Il a quelques défaillances. Ça vaut la peine de relire.

Mais, s’il vous plaît, parvenu au terme de ce billet, ne me dites pas que j’aurais mieux fait d’oublier aussi mon téléphone ce soir.

Mes usages de la musique

Je mets de la musique quand je travaille et que je veux m’isoler d’un environnement sonore qui me dérange. Elle doit me distraire le moins possible. Je choisis celle que j’ai usée à force de l’entendre, celle dont j’ai l’habitude, celle dans laquelle il n’y a plus de surprise, et c’est encore mieux si ce n’est pas chanté. La plupart du temps, je préfère le silence.

Quand je vais courir, j’écoute aussi de la musique, mais ce sont des choses moins familières, en général des chansons réunies dans une playlist composée à partir des propositions d’Apple Music. Là, j’ai le loisir d’écouter les mélodies, les arrangements, la qualité du chant, le timbre des voix, les rythmes, les couleurs sonores, la ligne de basse. Les paroles ne comptent presque pas. Si je ne comprends rien, ça m’est égal : j’écoute du rock suisse allemand avec plaisir. J’écoute même des chansons nouilles si le reste est bon. En revanche, je purge ma liste de ce qui est vulgaire, blasphématoire ou qui heurte frontalement mes valeurs.

Donc je cours, je regarde le paysage, je fais attention où je mets les pieds pour éviter les escargots, je goûte la fraîcheur du matin, je salue les vaches qui me regardent passer avec leur air forcément bovin et, au bout d’un moment, j’oublie la musique qui, pourtant, m’accompagne, me détache de ce qui me préoccupe et me donne, parfois, un tempo pour ma course. Mais il arrive que des mots ou des phrases réveillent mon attention, et je me mets à écouter attentivement. J’y reviendrai dans un prochain billet.

J’ai donc besoin de musique pour me concentrer et pour éviter la distraction causée par les bruits ambiants ou les gens qui parlent à proximité. Et j’ai aussi besoin de musique pour me déconnecter de mes préoccupations.

Les circuits neuronaux de l’attention

Toutes les musiques ne sont pas également efficaces, comme l’a montré un article récent dans Le Temps : Pourquoi les musiques de jeux vidéo sont les meilleures pour se concentrer au travailL’auteur explique que avons deux circuits neuronaux de l’attention. Le premier est conscient. C’est lui qui nous permet de diriger notre attention sur une tâche et de nous concentrer sur son accomplissement. Le deuxième, inconscient, réagit aux événements qui se passent dans notre environnement immédiat et réclame l’attention du premier, qui est dérangé dans sa concentration. Comme si cela ne suffisait pas, des neurones sentinelles évaluent en continu l’intérêt de la tâche en cours et nous font décrocher si le compte n’y est plus. Tout m’afflige et me nuit, et conspire à nuire, disait Phèdre chez Racine. C’est un peu cela, dans un autre registre certes.

Dans ces conditions, il faut ruser, et la musique est un allié de choix : elle est “un os pour le chien” : elle occupe le circuit inconscient de l’attention, qui fiche la paix au circuit conscient. Celui-ci peut rester concentré sur sa tâche, favorisant la sacro-sainte créativité, c’est-à-dire le rendement. Encore faut-il qu’elle soit bien choisie : une musique d’ambiance, instrumentale (les voix sont “des aimants à attention”), au tempo modéré, comme celle des jeux vidéo, saura “bercer l’attention inconsciente”.

L’article propose cette playlist tirée de jeux vidéo :

Travaillez une heure avec elle, et l’heure d’après, continuez avec Radio Swiss Pop. Sentez-vous la différence ?

Minimalistes

Il y a deux manières d’être minimaliste : celle qui consiste à en faire le moins possible, et celle qui consiste à vivre en s’entourant du moins de choses possible. C’est la deuxième qui m’intéresse ici, car j’ai de la peine à supporter la première.

Le terme est utilisé par Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, deux Américains qui ont tenté le pari de la simplicité et de l’existence désencombrée. Ils en parlent sur leur site The Minimalists et dans un « documentaire sur les choses importantes » qui les montre en tournée des USA pour la promotion de leur livre Essential. Le film est sur Netflix, Vimeo et d’autres réseaux. Il est agréable, informatif, jamais moralisateur ni pesant.

Les deux « minimalistes » y parlent de leur propre expérience et présentent des gens qui ont fait un pari analogue. Il y a celui dont toutes les possessions tiennent dans deux grands sacs; techniquement sans domicile fixe, il ne s’en plaint pas. Il y a ceux qui vivent dans des maisons minuscules où ils s’entourent du strict minimum et se déclarent plus heureux qu’avant. Un homme raconte comment il a quitté son emploi sur-le-champ quand on lui a offert une place d’associé dans la banque où il travaillait, tellement il craignait de mener une existence semblable à celle de son patron. Des blogueurs que j’ai suivis un temps (Patrick Rhone, Leo Babauta) viennent donner leur point de vue, et je les ai retrouvés comme on retrouve de vieux copains.

Mon problème, c’est que je suis toujours tenté d’embrayer sur ce genre de projets. Je ne pouvais pas ne rien faire, et j’ai commencé par minimaliser (un peu) mon bureau. J’ai vidé les deux tirettes, je les ai passées sous le robinet, puis regarnies des seuls éléments que j’utilise encore. J’ai pu jeter pas mal de choses. J’ai continué avec deux tiroirs contenant du matériel de bureau, et le tri a été sévère. À mon étonnement, c’est une activité jubilatoire, quasi addictive. Une fois qu’on a commencé, on a de la peine à s’arrêter. Dans l’idéal, je n’aurais dû garder qu’une plume, un stylo bille et un crayon. J’en suis encore loin, mais je progresse.

Pirates

Mon blog a été piraté je ne sais quand par je ne sais qui. Des articles entiers ont été remplacés par des textes bourrés de liens que je me suis abstenu de suivre. J’ai fait le ménage en supprimant ces faux articles. La dernière mise à jour de WordPress a également été appliquée, en espérant qu’elle contient les protections empêchant le retour de ces attaques.

Ces articles ont été perdus. Il s’agit des plus récents, postérieurs au dernier billet publié en date du 1er novembre de l’an dernier. Mon hébergeur conserve des sauvegardes, mais le temps d’apprendre comment les récupérer et retrouver ce qui manque me paraît disproportionné en comparaison de l’intérêt des articles eux-mêmes. Bien entendu, le site Wayback Machine permet de remonter dans le temps d’une quantité de sites web. Hélas, la dernière photographie du mien a été faite le 31 octobre dernier.

En définitive, c’est Google qui m’a sauvé la mise. J’ai fait une recherche à l’aide de mots clés figurant dans les articles perdus et ils étaient répertoriés. En cliquant sur le petit triangle vert, on peut accéder à ce qui est en cache. Je suis à la fois reconnaissant et un peu inquiet : rien ne se perd, clairement !

J’étais content de retrouver la citation du Cercle qui se trouve vers la fin du roman de Dave Egger, parce qu’elle parle des dérives qui sont toujours plus évidentes dans le monde d’Internet. C’était assez visionnaire au moment où cela a été écrit. Et j’ai aussi retrouvé le billet dans lequel j’annonçais que mon roman est parti chez mes relecteurs. Il est maintenant de retour, j’y reviendrai.

Moralité : je dois garder une version locale des textes que je publie, et veiller plus soigneusement aux mises à jour de WordPress. Sauvegarde, sauvegarde, et pas seulement sur le mode automatique.

Et j’ajoute qu’il y a des problèmes ailleurs : en ce moment, le train dans lequel je me trouve ne peut pas continuer sa route en raison d’un dérangement technique à la locomotive. On entend un chef de train faire des annonces d’une voix stressée au haut-parleur.

Mise à jour ou subversion ?

Cela faisait quelque temps que la petite alerte des mises à jour de WordPress se manifestait et j’ai pris le temps de m’en occuper. D’abord en sauvegardant tous les fichiers du site sur mon ordinateur, puis en regardant comment je pourrais sauvegarder mes bases de données. Finalement, j’y ai renoncé : j’ai trouvé des sauvegardes automatiques dans certains dossiers du serveur et je me suis dit que le programme faisait probablement le nécessaire à mon insu. C’était plus simple et moins courageux que de me lancer dans l’installation et le paramétrage de phpMyAdmin.

Ensuite, j’ai procédé à une mise à jour manuelle, car j’ai eu des problèmes la dernière fois que j’ai essayé l’automatique. En suivant scrupuleusement les indications du codex, j’y suis parvenu sans difficulté. Juste un zeste d’appréhension : si ça foire, plus de site sur le World Wide Web.

Mais bon, Au Damassinier tourne désormais sur la version 3.5.2 de WordPress et je peux aborder l’étape suivante :

Étape 3: Faites-vous Plaisir !

Si vous avez un système de cache en place, videz-le afin que les changements apparaissent plus rapidement pour vos utilisateurs. Vous pouvez vérifier que le cache renvoie la bonne version avec le numéro de version affiché en bas de page.

C’est terminé ! Félicitations ! On ne peut pas faire plus facile, sauf à mettre en place un processus à l’aide de Subversion : Updating WordPress Using Subversion (en anglais).

Écrivez un article pour annoncer votre mise à jour, lisez un livre ou un article que vous gardiez pour « quand vous aurez le temps », ou, simplement appréciez ces quelques minutes de temps libre qui vous sont offertes.

Exécution ! Mais qu’il est troublant d’apprendre que la subversion rend les choses plus faciles que les indications des autorités en  matière de mise à jour – qui n’hésitent pas à vous intimer l’ordre de vous faire plaisir.

 

Retour sur ces dix derniers jours

Back to blogging 10/10

Voici donc le dernier billet de la série de dix que je me suis promis d’écrire en dix jours. C’est le moment d’un bref bilan sous forme de quelques remarques.

J’ai fait ce que j’avais décidé. En vacances au moment des premiers billets, j’ai continué durant la semaine dernière qui, du point de vue du travail, a été assez rude. Cette forme d’auto-discipline n’a pas été contre-productive.

Le temps que j’ai consacré à ce défi – une heure par jour – est celui que je consacre habituellement à un roman que j’ai en chantier. Impossible d’ajouter simplement les tâches aux tâches. C’était l’un ou l’autre.

Le tiers des billets postés sur ce blog depuis son ouverture il y a deux ans et demi l’a été ces dix derniers jours.

Le nombre de visites de mon site a nettement augmenté dès que j’ai commencé à publier mes posts. J’ai visité le site de quelques autres participants au challenge et j’y ai lu des choses intéressantes. Sans y laisser de commentaires, sauf un. C’est trop peu, j’en conviens.

La pompe est réamorcée ! Je vais continuer, mais à un autre rythme. Un billet chaque semaine, à jour fixe. Voilà pour la règle. Davantage, selon l’occasion et le désir.

Je sais maintenant que c’est possible. Merci à Stephanie pour son impulsion. Happy blogging à tous !

Le mur du papier

Back to blogging 9/10

C’est par commodité que j’ai décidé de réduire la quantité de papier dont je m’entoure, pas du tout en raison d’une conviction écologique attachée à la survie des forêts. Le bois, c’est renouvelable, et les moyens électroniques sont en définitive des consommateurs d’énergie en partie nucléaire, ce qui n’est pas vraiment propre. C’est pourquoi je ne vois pas de raison de renoncer par principe au papier, et j’aurais beaucoup de peine à franchir, en ce sens, le «mur du papier». Pour quatre raisons au moins.

Les livres. Si on aime la littérature, on aime les livres. On ne peut écrire soi-même des livres et ne pas aimer les livres. Ma bibliothèque en compte plus de trois mille, et j’y tiens. Chaque fois que j’en élimine – car il faut bien désherber -, c’est comme un petit deuil, même pour des titres qui sont devenus insignifiants ou pour ceux que j’ai à double. Il m’arrive d’en lire à l’écran ou sur mon téléphone, ça va pour certains genres, mais l’annotation reste malcommode et on ne peut pas feuilleter sa tablette comme on le fait avec un volume. Je n’ai pas d’exclusive, mais je préfère le livre fait avec du papier.

La correspondance. Il n’y a plus que les factures et les demandes de dons qui viennent par la poste. La correspondance personnelle envoyée par courrier postal est devenue rare et d’autant plus précieuse. Je m’en veux de ne pas m’y prêter davantage, tant le plaisir est grand d’ouvrir une lettre (avec un joli timbre) et de découvrir, sur un papier choisi, une écriture manuscrite.

Image credit: rook76 / 123RF Banque d’images

Les pense-bête. Bien sûr il y a Omnifocus et autres Evernote. Mais il reste tellement de situations où il faut noter deux trucs en vitesse, faire un bout d’addition, mettre un rappel à l’intention de quelqu’un d’autre. Incontournable, le papier.

Le bloc-notes dans la poche, avec un crayon ou un stylo. Beaucoup mieux qu’une note sur un téléphone portable, ou un enregistrement vocal ou le nœud au mouchoir. J’ai bricolé le mien à l’aide de fiches 3×5″ et de modèles trouvés il y a plusieurs années sur www.diyplanner.com. Je ne l’utilise pas très souvent, mais sa présence dans ma poche gauche me rassure : j’ai de quoi écrire, de quoi noter, de quoi donner une note à quelqu’un si nécessaire.

Comme on l’a montré la vidéo de la semaine passée, le papier a encore de l’avenir.

Writer plus

Back to blogging 8/10

Quand j’ai commencé sur Mac, les traitements de texte étaient peu nombreux. J’ai écrit mon premier livre sur MacWrite. J’ai aussi eu Word en version 1.0. La presse spécialisée française annonçait alors la sortie prochaine d’un nouveau traitement de texte dont le nom était Writer+. Ça m’a fait rêver un moment. Ce + allait faire toute la différence et libérer une créativité insoupçonnée.

La réalité n’a pas été à la hauteur des espérances. Le logiciel est sorti et, à ce dont je me souviens, la presse informatique française l’a salué comme un produit français intéressant mais perfectible, manière de dire leur déception devant ce qui semblait un paquet de bugs. On a donc continué de travailler avec MacWrite et quelques numéros supplémentaires de Word.

Tout de même, il existe maintenant un logiciel assez fabuleux pour qui écrit des textes longs, romans, thèses, pièces de théâtre, scripts, etc. C’est Scrivener. Je en vais pas me lancer dans une longue description du produit, qu’on trouvera sur le site de l’éditeur, Literature and Latte. Scrivener fait tout, sauf la mise en page. On peut y déposer des documents et des médias pour les consulter dans l’interface même du logiciel. On peut associer des métadonnées aux fragments qu’on écrit pour indiquer par exemple si on en est au shitty first draft ou à la rédaction finale. Il permet aussi de réorganiser ses textes très facilement, de fixer certains états du manuscrit, tout en gardant une vue synoptique sur l’ensemble du projet. Et quand on a terminé son projet, on en exporte ce qu’on veut vers un traitement de texte standard ou un logiciel de mise en page.

C’est le top, c’est lui le véritable Writer Plus. Je ne voudrais plus travailler avec autre chose.

Seul bémol, l’interface est en anglais. Mais il vient de sortir aussi en version windows. Tous les travailleurs du texte devraient l’essayer. C’est possible sans frais pendant 30 jours non contigus.