Dans l’air du temps

FSE17-3

Répondre aux grandes objections faites à la foi chrétienne

La pluralité des religions

C’est un fait. Il y a des religions sur toute la face de la terre, certaines plus importantes que d’autres. Christianisme, islam, judaïsme, hindouisme, bouddhisme si on le considère comme une religion, etc. Il y a des conflits entre ces religions, et des conflits entre les différents courants au sein d’une même religion. Il y a même des conflits au sein d’un courant particulier du christianisme. (Il doit y avoir de l’homme là-dedans.) Il y a des conversions d’une religion à l’autre. On médiatise davantage les conversions de chrétiens (de chrétiennes?) à l’islam que les autres. Il y a des mystiques dans toutes les grandes religions également.

Du coup, les athées et les agnostiques ont beau jeu de faire valoir cet argument. Pourquoi le christianisme plutôt que l’hindouisme, pourquoi ne pas se contenter, après tout, d’une spiritualité laïque qui garderait les valeurs qui se retrouvent dans les différents courants en éliminant ce qui génère des conflits ? Pourquoi pas le théisme ? Ou pourquoi ne pas simplement se conformer à la religion dominante de l’endroit où l’on vit ?

C’est qu’on ne croit pas à telle religion, mais, comme l’a écrit Pascal, au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, au père de Jésus-Christ, à un Dieu personnel avec qui on peut entrer en relation. Responsables et redevables de la révélation que nous avons reçue.

Bien entendu, affirmer qu’on a la « vraie religion » disqualifie aussitôt les autres. Croire qu’on détient la vérité rend orgueilleux et méprisant. Mais les religions sont (ou devraient être) en débat. Nous devons annoncer la bonne nouvelle : la recevra qui voudra, qui pourra, à condition de l’avoir entendue. Au Saint-Esprit de faire le travail de conviction intérieure chez la personne.

J’ignore comment les choses se passeront au jugement dernier. Je fais confiance à Dieu, dont je crois qu’il est juste. On verra bien. Aimons Dieu et notre prochain, et veillons sur nous-mêmes.

L’existence du mal

Il faudrait donc faire une théodicée, une justification de Dieu… Qui sommes-nous pour tenter une chose pareille ?

Tout le monde croit savoir spontanément ce que c’est que le mal, mais quelle définition au fait ? Poser la question ici revient à considérer le mal comme l’effet d’une volonté – ou d’un manque de volonté – de la part de Dieu.

Dans les croyances populaires, les grandes catastrophes naturelles (tsunamis, inondations, éruptions, tremblements de terre) frappent beaucoup quand elles surviennent à cause des grandes souffrances qu’elles engendrent, et beaucoup se demandent alors pourquoi le « bon Dieu » permet des choses pareilles. C’est une question difficile.

Les justifications philosophiques

En voici quelques-unes; jugez si elles sont convaincantes :

  • s’il n’y avait pas de mal, on ne saurait pas qu’il y a du bien : le mal comme une sorte de révélateur du bien
  • globalement, tout est bien, mais notre perception est trop partielle pour que nous puissions nous en rendre compte (Leibniz, voir sa satire dans le Candide de Voltaire)
  • le mal (comme le bien) en tant qu’il est extérieur à notre volonté, fait partie des choses qui ne dépendent pas de nous et sur lesquelles nous n’avons aucune prise (stoïciens); elles arrivent que nous le voulions ou non; il faut donc travailler sur nos représentations, sur l’idée que nous nous en faisons pour souffrir moins. Et donc ne pas se plaindre si on doit passer dans le taureau de Phalaris…
  • le mal provient d’un défaut de connaissance, car « nul n’est méchant volontairement » (Socrate); or il suffit de bien juger pour bien faire (Descartes)
  • dans une perspective dialectique, le mal est le négatif, l’antithèse qui doit être dépassée, et il constitue une partie du moteur de l’histoire et une condition du progrès.

Les justifications bibliques

Elles évidemment à saisir par la foi, mais ne sont pas plus faibles que les philosophiques.

  • Pour une part, l’existence du mal est une conséquence de la liberté humaine d’agir de manière autonome, c’est-à-dire en particulier de déterminer soi-même ce qu’est le bien et le mal. « Vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal » – le terme connaître est fort, puisqu’il s’applique aussi à une relation sexuelle. Il s’agit donc du péché.
  • Pour une autre part, la création entière soupire après la révélation des fils de Dieu. Prophétie d’Esaïe. Peut-être les catastrophes naturelles peuvent-elle prendre une place ici.

Et, oui, Dieu laisse faire, et ça peut aller très très loin.

Si on résume : le tsunami sur le Japon il y a deux ans serait imputable à la nature déchue (à cause de l’homme) et la catastrophe nucléaire davantage à l’homme directement.

Autre chose : le royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Et je n’ai vu nulle part Jésus dénier à Satan son titre de prince de ce monde. C’est pourquoi nous qui y vivons devons nous considérer comme étrangers et voyageurs sur cette terre, ambassadeurs du Christ, tout en y étant sel (empêcher la corruption) et lumière dans ses ténèbres.

L’existence de Dieu (et d’un Dieu d’amour) n’est pas en contradiction avec l’existence du mal. La bénédiction du Seigneur ne signifie pas automatiquement que j’aurai une vie dans problèmes ni épreuves, ni la réalisation du royaume de Dieu dans ma propre vie. La foi qui nous est demandée, c’est la confiance et la fidélité, deux termes qui viennent du même mot fides. Et nous sommes prévenus que notre foi doit être éprouvée pour voir si elle tient le coup dans les mauvais jours.

Violence et fanatisme

NPO que jusqu’à la Réforme, notre histoire s’est confondue avec celle de l’église de Rome, qui était alors bien plus catholique et encore plus avant le schisme de 1054.

Reconnaître le fait que violence et fanatisme ont été effectivement liés à la religion au point de générer des guerres de religion entre chrétiens – et le déplorer.

Admettre que des scandales et des horreurs ont eu lieu sous le couvert de la religion (pédophilie, délits sexuels, abus spirituels, enrichissement par abus de faiblesse, etc.) – et le déplorer. Un chrétien n’en est pas moins un homme, et Pascal prévient que qui veut faire l’ange fait la bête. Tous les chrétiens sont des pécheurs, pardonnés certes, mais le pardon n’a pas de sens s’il n’y a pas péché préalable.

Remarquer cependant que très souvent, les princes ont utilisé le levier de la religion pour utiliser la ferveur des gens à des fins politiques (conquêtes, maintien au pouvoir, etc., ou pour avoir la paix – l’opium du peuple). Manoeuvre facilitée par le fait que la Biblie enseigne la soumission aux autorités.

Remarquer aussi que les horreurs les plus monstrueuses du XXe siècle ont été commises par des régimes hostiles au christianisme : nazisme, stalinisme, maoïsme et autres. Toute horreur n’est donc pas automatiquement imputable au christianisme, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire.

Nous n’avons pas la vérité, mais nous sommes de la vérité et nous pouvons en témoigner.

C’est pour les faibles / c’est trop facile

C’est quand on est faible que les défenses tombent, que l’armure a des défauts et que l’orgueil cesse de rendre étanche à toute autre solution que la mienne. C’est pourquoi souvent c’est dans ces moments-là qu’on devient capable de se tourner vers Dieu et de recevoir quelque chose de lui.

Quand on lit l’histoire des héros de la foi, on n’a pas le sentiment que ce soient des faibles. Une fois qu’on a accepté le salut en Christ, la marche avec lui commence, et ce n’est pas forcément facile. On doit même remercier pour les épreuves…

Le christianisme est hostile à la vie

À quelle vie, au fait ? Il y a sans doute des formes de légalisme qui enferment les gens, mais c’est un problème qui peut être réglé par un enseignement adapté. Si c’est à la vie du fêtard, du viveur, de celui ou celle qui ne se fixe aucune limite dans ses aventures et ses débordements, sans doute oui. Mais cela, n’est-ce pas une caricature de la vie authentique ? N’est-ce pas la vie que mènent les personnes privées de toute espérance et dont la priorité est de collectionner les instants précieux et les conquêtes de toute sorte ? Même les sages de l’Antiquité n’avaient pas de mots assez forts pour stigmatiser ce genre de conduite.

Nous ferions mieux d’apprendre à résister à la manière habituelle et mondaine de comprendre la vie. D’essayer de comprendre les choses comme elles se présentent du point de vue de Dieu, de comprendre que la vie selon l’Esprit est bien plus riche que la vie selon la chair, même si le chemin qui y mène est bien plus étroit. Bref, tendre à donner davantage de place à la vie de Dieu en nous.

Si nous lâchons la sagesse de la connaissance pour nous intéresser à la vie dans sa réalité affective, éprouvée très concrètement, nous pouvons la découvrir comme quelque chose qui ne vient pas de nous, en quoi nous sommes, qui nous a engendrés, quelque chose qui manifeste Dieu. Laisser l’arbre de la connaissance qui fige et asservit et nous rapprocher de l’arbre de vie…

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Lien vers la conférence d’Alain de Botton sur l’athéisme 2.0

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